Protection de la mémoire nationale : La première ligne de défense de l’État

Pour le politologue et spécialiste des relations internationales, Idriss Atiya, évoquer l’histoire nationale ne se limite pas à rappeler des faits passés : c’est raviver un héritage forgé dans la lutte, un socle sur lequel repose la construction de l’État algérien moderne. Dans une interview accordée ce mercredi à la Radio nationale, le professeur Atiya a appelé à une lecture consciente et unanime de l’histoire, estimant qu’un pays sans mémoire collective solide ne peut espérer bâtir un avenir stable et cohérent.
Selon Atiya, toute politique de mémoire digne de ce nom s’appuie sur trois piliers indissociables que sont le respect de l’histoire nationale, le rejet strict de toute falsification ou manipulation du passé, et la sauvegarde de l’unité nationale et de la cohésion populaire, qui constitue selon lui la véritable « ligne de défense » contre les tentatives de division ou de sape des fondements de la nation.
Pour Atiya, ces principes sont indispensables — sans mémoire unifiée, sans vérité historique partagée, un pays perd ses repères et compromet son développement institutionnel et social.
Le professeur a souligné que la mémoire nationale représente plus qu’un patrimoine historique : elle est un actif stratégique. Dans un contexte mondial marqué par des guerres de l’information, des ingérences idéologiques et des manipulations historiques, l’histoire devient un outil de résistance. Selon lui, les campagnes de falsification de l’histoire, les réécritures des récits nationaux ou les attaques contre les symboles de la Révolution ne visent pas simplement à effacer le passé — elles visent à fragiliser le présent et à semer le doute dans l’avenir.
Ainsi, défendre la mémoire nationale, c’est défendre l’unité nationale, la souveraineté culturelle et le lien entre les générations. C’est préserver la nation contre ce qu’il appelle « les guerres hybrides » — celles qui ne se mènent plus à coup de fusils, mais à coup de récits falsifiés et de confusion historique.
Pour contrer ces risques, Atiya propose la construction d’un modèle national de transmission de la mémoire. Il s’agirait d’une « école algérienne » — non seulement dans le sens éducatif, mais aussi symbolique — fondée sur les valeurs portées par le 1ᵉʳ Novembre : dignité, résistance, unité. Une école capable de structurer un récit national partagé, tout en formant des citoyens conscients de leur histoire, responsables, solidaires.
Il met également en garde contre certains discours récents venus de l’étranger — en particulier des tentatives de réhabilitation de la colonisation —, qu’il qualifie de dangers graves. Ces discours, dit-il, visent à semer le doute, à diviser, à affaiblir les repères collectifs.
En conclusion, Idriss Atiya réaffirme que la mémoire nationale n’est pas un fardeau, mais une richesse — un trésor commun à défendre. Protéger cette mémoire, c’est assurer la continuité de l’État, préserver l’identité collective, garantir la cohésion sociale. C’est aussi donner aux générations futures un avenir construit sur des bases solides, une identité assumée et un sens partagé de l’histoire.
Pour lui, toute atteinte au passé constitue une atteinte à l’État lui-même — et la sauvegarde de cette mémoire est une responsabilité collective, patrimoniale et stratégique.
Ch.G

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