La saison estivale officiellement lancée: Quel été pour l’Algérie ?

12 avions Aircraft affrétés auprès de Tassili Airlines, 65 nouvelles colonnes mobiles, cinq détachements régionaux d’appui à la lutte contre les incendies, 20.000 agents de différents grades recrutés…, tel est, en grande partie, le dispositif mis en place par la Direction générale de la Protection civile (DGPC) pour assurer la sécurité des estivants et préserver les ressources naturelles de l’Algérie lors de cette nouvelle saison estivale.

Pour les plus hautes autorités de l’Etat, il est impératif que tous les moyens matériels et humains soient mobilisés pour la protection des citoyens ainsi que le parc forestier et agricole. C’est en tout cas, ce qu’a souligné Brahim Merad, ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement, hier à Mostaganem, à l’occasion du lancement officiel de la saison estival 2024.
Accompagné de Mokhtar Didouche, ministre du Tourisme et de l’Artisanat, et de Fazia Dahleb, ministre de l’Environnement et des énergies renouvelables, Brahim Merad a assisté à la mise en service de la base d’activité aérienne pour la lutte contre les incendies et à l’évacuation sanitaire : «Cette structure est un acquis important qui s’inscrit dans la politique nationale de renforcement des capacités d’intervention et de lutte contre l’incendie», a ainsi expliqué le ministre en saluant «les efforts des autorités locales qui ont réussi en peu de temps à valoriser cet espace et à le transformer d’un lieu abandonné en une base aérienne qui aura un impact positif en tant que base de lutte contre les feux de forêt, dans une première phase, puis d’élargir les investissements de travail aérien à son niveau à des activités s’inscrivant dans la démarche économique.»
La base aérienne qui a été réceptionnée au bout de deux mois de travaux d’aménagement réalisés par la société Tassili Airlines au niveau d’une piste de Sayada, a reçu des avions destinés à la lutte contre les incendies et un hélicoptère pour l’évacuation sanitaire dédié aux wilayas de l’Ouest du pays. Dans un deuxième temps, la société exploitant cette installation créera un centre de formation doté d’appareils de simulation, notamment après le renforcement de la flottille de Tassili Airlines par six canadairs.
Pour rappel, fin janvier dernier, un accord avait été conclu entre l’Entreprise de gestion des aéroports d’Oran et la compagnie Tassili Airlines pour la création d’une base aérienne à Sayada pour la lutte contre les incendies, l’évacuation sanitaire et diverses autres activités de l’aviation civile. Le projet a été réalisé par Tassili Airlines pour la somme de trois milliards de dinars.

Plus de 600 plages à couvrir

Plus globalement, les services de la Protection civile, de la Sûreté nationale et la Gendarmerie nationale, devront couvrir un littoral composé de 613 plages dont 455 sont ouvertes à la baignade, et un vaste parc forestier et agricole pour prévenir -autant que faire se peut- les noyades, accidents et autres feux de forêts qui frappent chaque été le pays.
Et déjà, avant même le lancement de la saison estivale, on déplore 14 décès par noyade, dont la majorité dans les plages interdites à la baignade. En effet, et dans son bilan pour la saison estivale de 2023, la DGPC a annoncé avoir enregistré 214 décès par noyade, dont 114 au niveau des plages interdites à la baignade. Près de 49.000 personnes ont été sauvées de la noyade et 19.876 autres secourues et soignées sur place.
Quant à la baignade dans les points d’eau et les étangs, les services de la Protection civile estiment que ce phénomène  » provoque toujours tant de pertes humaines au niveau national », notant l’enregistrement de « 75 cas de décès en 2023, des enfants pour la majorité, et ce, en dépit des campagnes de sensibilisation organisées avant et durant chaque période estivale, tandis que cette année a enregistré 9 décès, dont 5 dans les bassins d’eau ».
Selon les services de la Protection civile, « l’analyse des statistiques, au cours des 5 dernières années, a démontré que les causes principales de la noyade, demeurent toujours la baignade sur les plages interdites, ou en dehors des horaires de surveillance sur les plages gardées, ou en l’absence des agents de surveillance, ainsi que le non-respect des recommandations et des orientations préventives ».
Par ailleurs et pour l’année 2024,  » sur un total de 613 plages, le long du littoral national, 455 plages autorisées à la baignade ont été recensées et sont surveillées, tandis que 175 plages sont interdites à la baignade pour plusieurs raisons, dont la pollution, en sus d’autres dangers qui menacent l’intégrité des estivants ».
A cet effet, la DGPC a renforcé, cette année, « le dispositif de surveillance des plages par 10.000 agents professionnels saisonniers ayant pour missions la prévention, la surveillance et l’intervention au niveau des plages autorisées à la baignade au sein du dispositif consacré à cette fin ».
Ce dispositif opérationnel « a été renforcé en moyens matériaux supplémentaires, notamment en matière de canot pneumatique d’intervention rapide dans les opérations de sauvetage en mer, dont 254 canots de sauvetage mis en service en tant que moyens de renfort supplémentaires en sus d’équipements individuels et collectifs ».

Le spectre des incendies

A propos des feux de forêts, le dispositif anti-incendie de la DGPC a permis d’éteindre 1.052 feux de forêt et de brousse mais n’a pas pu éviter des pertes considérables : 41.594 hectares de terres brûlées, dont près de 11 487 hectares de forêts.
Il faut rappeler ici que des seuils record de températures avaient été enregistrés lors de l’été 2023 en Algérie, ce qui avait favorisé des départs de feux de forêt dévastateurs. Pour ne donner qu’un ordre d’idée, la Protection civile avait annoncé, en juillet de la même année, avoir évacué plusieurs familles des villages menacés en Kabylie, alors qu’une trentaine de morts avaient été signalés. A Béjaia, Jijel, Tizi-Ouzou et Skikda et dans d’autres wilayas du pays, des dizaines de départs de feux avaient été enregistrés mettant à rude épreuve les soldats du feu et semant la panique chez des Algériens traumatisés par les incendies de l’été 2021.
En mars dernier, et en prévision de cette saison estivale, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Youcef Cherfa, avait ordonné la livraison de tous les projets relatifs au plan national de prévention et de lutte contre les feux de forêt avant la fin du mois d’avril prochain. Lors d’une réunion avec les conservateurs des forêts des wilayas concernées par le plan national de prévention et de lutte contre les feux de forêt, le ministre avait souligné «l’impératif de rattraper le retard accusé dans certaines wilayas», notamment la réalisation de pare-feu, de tours de guet, l’ouverture et l’aménagement de pistes forestières, la réalisation de travaux sylvicoles et le recensement des points d’eau. Youcef Cherfa avait rappelé les mesures prises par les pouvoirs publics dans le cadre du plan national de lutte contre les incendies, notamment avec l’installation de la Commission nationale de protection des forêts et l’acquisition d’avions bombardiers d’eau, en plus de ceux mobilisés par le secteur des forêts et de la Protection civile.
Dans quelques jours, voire quelques semaines, les dispositifs de sécurité mis en place pour la protection des estivants et des ressources naturelles seront confrontés à la réalité. Et devront être à la hauteur des attentes des Algériens.
M. Nadir

Bouton retour en haut de la page