Fraude, escroquerie… : L’allocation touristique sous haute surveillance

Face à des fraudes massives et à l’exploitation de personnes vulnérables, les autorités algériennes resserrent drastiquement les règles d’octroi de l’allocation touristique annuelle de 750 euros. La Banque d’Algérie impose désormais un suivi strict des paiements et des voyages, avec des sanctions sévères pour les contrevenants, afin que cette aide atteigne enfin ses véritables bénéficiaires.
L’allocation touristique, d’un montant de 750 euros par voyageur, bénéficie chaque année à des centaines de milliers de citoyens. Destinée à faciliter les voyages à l’étranger et soutenir le secteur touristique, elle est devenue ces derniers mois la cible de fraudes organisées, motivées par le différentiel entre le taux officiel de change et le marché parallèle, pouvant dépasser 80%.
Pour limiter les détournements, la Banque d’Algérie a publié les 15 et 16 décembre 2025 deux notes précisant les nouvelles modalités de règlement de la contre-valeur en dinars et les obligations des banques. Dorénavant : Tout demandeur doit posséder un compte bancaire dans l’agence où il dépose sa demande. Le paiement en espèces est interdit. Seuls les moyens scripturaux — carte CIB, chèque bancaire ou tout autre instrument autorisé — sont admis.
Les banques doivent appliquer des mesures strictes de vigilance : connaissance du client, vérification de l’identité et cohérence des opérations avec le profil du bénéficiaire.
Ces contrôles s’étendent aux ayants droit, notamment aux enfants mineurs, afin d’éviter toute utilisation abusive. Les bénéficiaires séjournant moins de sept jours à l’étranger doivent restituer le montant perçu, sous peine de perdre leur droit à l’allocation pendant cinq ans, avec des poursuites judiciaires possibles. Une carte prépayée pourrait également être mise en place pour encadrer le versement et garantir un suivi précis.
À Souk Ahras, neuf personnes ont été placées en détention provisoire pour tentative de fraude. Interpellées en dehors des points de passage officiels, elles détenaient chacune 750 euros. Elles sont poursuivies pour entrée et sortie illégales du territoire national ainsi que pour infraction à la législation des changes. Leur procès est prévu demain.
Selon le ministère de l’Intérieur, certains voyageurs effectuaient des allers-retours rapides pour percevoir la prime sans respecter la durée minimale de séjour d’une semaine.
Les bus de l’euro
D’autres faisaient appel à des intermédiaires pour organiser des voyages pour des personnes sans revenus déclarés, générant des marges importantes et entraînant tensions et désordre dans certaines zones frontalières. Ces pratiques mettent également en lumière l’exploitation de personnes vulnérables et la recherche de profits illicites via les écarts de taux de change entre le marché officiel et le marché parallèle.
Les autorités ont identifié l’implication de plus de 100 000 bénéficiaires de l’allocation touristique dans ces montages frauduleux, certains ayant utilisé des agences de voyages pour contourner la réglementation. Le ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud a précisé que « ces abus ont transformé une aide touristique en un dispositif exploité par des intermédiaires et des réseaux illégaux, au détriment des citoyens et de l’État ».
Par ailleurs, et depuis le 7 décembre 2025, l’autorisation touristique ordinaire ne suffit plus pour voyager vers la Tunisie en bus. Seuls les autocars disposant d’une autorisation de transport international délivrée par la Direction des transports peuvent franchir la frontière.
Cette décision fait suite à la multiplication des abus : exploitation de personnes sans revenus, contournement de la durée légale de séjour, profits importants pour les intermédiaires. Le trafic de bus est passé de quelques unités par jour à plusieurs dizaines, provoquant engorgements et risques de désordre. Certains détournaient également l’allocation à des fins spéculatives sur le marché parallèle des devises.
Ces mesures visent à sécuriser l’octroi de l’allocation touristique et à garantir son utilisation conforme à sa vocation : permettre des voyages légaux et encadrés pour tous les citoyens. La Banque d’Algérie rappelle que le droit de change au taux officiel est strictement réservé aux bénéficiaires effectifs et qu’aucun détournement n’est toléré.
La mise en place éventuelle d’une carte prépayée renforcera le suivi des fonds et assurera la transparence de l’utilisation de l’allocation. Ces dispositions préviendront les pratiques abusives, protégeront les citoyens vulnérables et garantiront une équité d’accès à cette prime annuelle.
Selon les autorités, ce dispositif renforcé constitue une étape majeure pour sécuriser les fonds publics, éviter l’exploitation du système par des intermédiaires et assurer que l’allocation atteigne réellement ses bénéficiaires. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté plus large de traçabilité et de contrôle des flux financiers et des déplacements, pour une gestion plus efficace de l’allocation touristique à l’échelle nationale.
Khaled Boudaoui
