L’APW tire la sonnette d’alarme: Les cimetières d’Oran arrivent à saturation

Confrontée à la saturation progressive de ses cimetières et aux multiples atteintes dont ils font l’objet, la wilaya d’Oran se trouve aujourd’hui face à une urgence majeure : trouver un nouveau terrain destiné à l’inhumation des défunts. C’est dans ce contexte que l’Assemblée populaire de wilaya (APW) a appelé les autorités locales à engager, sans délai, des recherches pour l’affectation d’une nouvelle assiette foncière.
Cette alerte a été lancée, hier, lors des travaux de la troisième session ordinaire de la quatrième mandature de l’APW d’Oran, également la dernière session de l’année 2025. Les débats ont porté essentiellement sur l’état actuel des cimetières de la wilaya, leurs limites structurelles, ainsi que les difficultés croissantes liées à l’augmentation de la densité démographique.
Les élus ont particulièrement mis en lumière la situation des cimetières relevant de l’Agence communale autonome des pompes funèbres de la commune d’Oran, qui gère cinq nécropoles, dont la plus emblématique reste le cimetière de Sidi El Gharib, situé au quartier Es-Sanouber.
Créé en 1792, ce cimetière, l’un des plus anciens et des plus vastes de la wilaya, s’étend sur une superficie globale estimée à 62 hectares et compte 7.383 tombes. Il abrite le mausolée du saint savant Sidi Mohamed El Ghrib Bouabdallah, figure religieuse majeure de la région. Aujourd’hui totalement saturé, il ne dispose plus d’aucun espace pour de nouvelles inhumations. Les membres de l’APW ont proposé l’édification d’un mur de protection en briques, sur près de 4.000 mètres linéaires et d’une hauteur de 2,5 mètres, assorti d’un dispositif de sécurité afin de le préserver des agressions et dégradations répétées.
Autre site concerné, le cimetière d’El Melh, situé au quartier Es-Salam, à proximité d’El Hamri. S’étendant sur 4 hectares et renfermant 18.709 tombes, il a été fermé aux enterrements dès 1956, en raison de la forte salinité du sol empêchant la décomposition naturelle des corps. Les inhumations avaient alors été redirigées vers le cimetière d’Aïn El Beïda.

Nécropoles historiques à bout de souffle

Le cimetière de Moul Douma, également situé à Es-Sanouber, créé en 1868 sur une superficie de 27 hectares et fermé en 1934, compte pour sa part 42.422 tombes. Il nécessite aujourd’hui un mur de clôture sur près de 1.000 mètres, la réhabilitation des escaliers internes et l’élimination des constructions anarchiques qui altèrent gravement son aspect et son intégrité.
A cela s’ajoute le cimetière familial Ben Daoud, établi au début du 20e siècle à la suite du décès du saint Sidi El Hassni, fondateur de la zaouïa Taybiya. La famille avait acquis un terrain attenant au mausolée pour y enterrer ses proches, faisant de ce site une nécropole strictement familiale.
Point central des préoccupations actuelles, le cimetière d’Aïn El Beïda, devenu le principal lieu d’inhumation des défunts de la commune d’Oran après la fermeture des autres cimetières, subit une pression extrême. Selon les estimations présentées lors de la session, ce cimetière atteindra à son tour la saturation dans un délai n’excédant pas six mois.
S’étendant sur 130 hectares et comptant plus de 1.123.867 tombes, Aïn El Beïda nécessite une réhabilitation urgente de ses voies internes, avec l’aménagement de 27 km de routes principales et 16 km de voies secondaires afin de faciliter l’accès aux sépultures. Les élus ont également alerté sur l’état préoccupant du carré des martyrs et du monument commémoratif, dont la dégradation avancée représente un danger réel pour les visiteurs.
Parmi les recommandations figurent aussi la construction d’un nouveau mur de clôture sur 900 mètres, d’une hauteur de 3 mètres, ainsi que l’ouverture d’un ou deux accès supplémentaires pour fluidifier les entrées et sorties.
Au-delà de la commune d’Oran, les membres de l’APW ont souligné que la pression sur les cimetières touche l’ensemble des communes de la wilaya. Ils ont appelé à une politique globale intégrant l’extension des cimetières existants, la création de nouvelles nécropoles et surtout la protection des sites actuels par des clôtures adéquates et la présence permanente d’agents de surveillance.
Face à une réalité démographique implacable et à l’absence de planification anticipée, la question des cimetières s’impose désormais comme un enjeu urbain, social et patrimonial majeur pour Oran.
Khaled Boudaoui

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