Usage rationnel des antibiotiques : Un pilier de la sécurité sanitaire nationale

La question de l’usage rationnel des antibiotiques s’impose aujourd’hui comme une priorité mondiale. En Algérie, le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), Pr Abderrezak Bouamra, a récemment rappelé que cette problématique constitue un pilier essentiel de la sécurité sanitaire nationale.
À l’occasion d’une session de formation destinée aux médecins généralistes, chirurgiens et réanimateurs, il a insisté sur l’importance de préserver la santé des citoyens et de protéger les générations futures contre les dérives liées à la consommation excessive ou inappropriée de ces médicaments vitaux.
Cette préoccupation n’est pas propre à l’Algérie. Elle traverse les continents et se retrouve aussi bien dans les pays occidentaux que dans les pays africains, chacun avec ses spécificités, ses défis et ses stratégies de réponse.
Dans de nombreux pays africains, la consommation d’antibiotiques est marquée par deux phénomènes contradictoires : une automédication répandue avec le libre accès aux antibiotiques directement en pharmacie ou sur les marchés informels, sans prescription médicale. Cette pratique, motivée par le coût des consultations ou la difficulté d’accès aux structures de santé, favorise l’émergence d’une antibiorésistance préoccupante.
L’accès limité aux traitements : paradoxalement, certaines zones rurales souffrent d’un manque d’antibiotiques, ce qui entraîne des retards de prise en charge et des complications graves.
Les études menées par l’INSP en Algérie rejoignent celles réalisées dans d’autres pays africains : elles mettent en évidence un besoin urgent de renforcer la formation des professionnels de santé et de sensibiliser les populations. Les campagnes d’information, les formations continues et la surveillance nationale de la consommation sont des outils indispensables pour inverser la tendance.
À l’inverse, dans les pays occidentaux, le problème ne réside pas tant dans l’accès aux antibiotiques que dans leur surprescription. Les médecins, parfois sous la pression des patients, délivrent des antibiotiques pour des infections virales (comme les rhumes ou les angines), alors que ces molécules n’ont aucune efficacité dans ces cas.
Les systèmes de santé occidentaux, bien que plus structurés, doivent faire face à une culture de la médicalisation : les patients attendent souvent une prescription immédiate, et les praticiens cèdent à cette demande pour éviter les insatisfactions. Résultat : une consommation excessive qui alimente la résistance bactérienne.
Cependant, les pays occidentaux disposent d’outils puissants pour lutter contre ce phénomène comme des programmes de surveillance nationaux et européens, qui collectent des données sur la consommation et la résistance ; des campagnes de sensibilisation massives, relayées par les médias et les institutions ainsi que des protocoles stricts de prescription, imposés par les autorités sanitaires.
Les experts, comme Pr Nassima Achour à Alger, soulignent que la résistance aux antibiotiques résulte directement du mauvais usage de ces molécules. De son côté, Dr Atif Mohamed Lamine rappelle les dangers de l’automédication et la nécessité de consulter un médecin avant toute prise. Ces avertissements rejoignent ceux des autorités sanitaires occidentales, qui insistent sur la responsabilité partagée entre médecins et patients.
T. Feriel
