Décès de Liamine Zéroual: Le Président qui a dit non au pouvoir

L’Algérie perd l’une des figures majeures de son histoire contemporaine. L’ancien président de la République, Liamine Zéroual, s’est éteint à l’âge de 84 ans des suites d’une longue maladie, à l’hôpital militaire d’Alger. Dans un communiqué officiel, la Présidence de la République a décrété un deuil national de trois jours, avec mise en berne des drapeaux sur l’ensemble du territoire et dans les représentations diplomatiques à l’étranger.

Né le 3 juillet 1941 à Batna, dans l’est du pays, Liamine Zéroual s’engage très jeune dans les rangs de l’Armée de libération nationale. Comme nombre de cadres de sa génération, il se forme dans l’épreuve de la guerre d’indépendance avant de poursuivre, après 1962, une carrière militaire rigoureuse, marquée par des formations en Union soviétique et en France.
Au fil des années, il gravit les échelons de l’Armée nationale populaire jusqu’à occuper des fonctions stratégiques, notamment à la tête des forces terrestres. Ce parcours le propulse au cœur du pouvoir au moment où l’Algérie bascule dans une crise politique et sécuritaire majeure.
En janvier 1994, en pleine « décennie noire », il est appelé à diriger l’État. Un an plus tard, il est élu président de la République lors du scrutin du 16 novembre 1995, premier organisé dans un contexte pluraliste sous haute tension.
Face à une violence endémique qui ébranle les fondements mêmes de l’État, Liamine Zéroual tente d’esquisser des voies de sortie de crise. Son approche oscille entre fermeté sécuritaire et ouverture prudente au dialogue, notamment à travers des contacts engagés avec des responsables du Front islamique du salut dissous, une démarche à la fois saluée et contestée.
Son mandat est également marqué par des réformes institutionnelles majeures. La Constitution de 1996 introduit la limitation des mandats présidentiels et crée le Conseil de la nation, contribuant à redéfinir l’architecture politique du pays. Dans le même esprit, la loi dite de la « Rahma », lancée en 1997, vise à encourager la reddition des terroristes.
En septembre 1998, dans un geste inédit dans l’histoire politique algérienne, il annonce la réduction de son mandat et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée. Le scrutin d’avril 1999 portera au pouvoir Abdelaziz Bouteflika.
Ce retrait volontaire, à rebours des pratiques politiques régionales, contribue durablement à forger son image d’homme d’État détaché du pouvoir. Discret et rigoureux, attaché à une certaine idée de la responsabilité, il choisit par la suite de se tenir à l’écart de la vie publique.
Son nom refait surface en 2019, au moment du mouvement populaire du Hirak, lorsqu’il est sollicité pour jouer un rôle dans une transition politique. Fidèle à sa ligne, il décline, appelant au respect de la volonté populaire.
Reconnu pour sa sobriété, sa rigueur et son sens de l’État, Liamine Zéroual laisse l’image d’un dirigeant attaché à la souveraineté nationale, soucieux de préserver les équilibres internes dans un contexte de fortes pressions, tant internes qu’externes.
Avec sa disparition, l’Algérie tourne la page d’un responsable qui aura incarné, dans l’une des périodes les plus critiques de son histoire, une tentative fragile d’équilibre entre autorité, dialogue et reconstruction.
Au-delà des débats qu’il suscite encore, Liamine Zéroual laisse une empreinte rare : celle d’un chef d’État qui aura choisi de quitter le pouvoir de son propre gré, un geste singulier et mémorable, qui continue de marquer profondément la mémoire politique nationale.
K.B

Bouton retour en haut de la page