Ce que j’en pense: J’aime fermer les yeux et me souvenir…

>> Par Adel Saïd

Devant ces murs blancs, j’aime fermer les yeux et me souvenir qu’hier encore tu étais là. J’aime regarder en arrière et rencontrer encore la tristesse de ton âme et me rappeler comment j’essayais, de façon maladroite le plus souvent, de te rendre le sourire. J’ai compris bien plus tard à travers la distance et l’absence, qu’il ne suffit pas de sentir une tristesse pour pouvoir la dissiper ; quant à la soulager, absence et distance aidant, je constate avec amertume que je n’en avais pas l’étoffe.
Pas l’étoffe…je ne sais plus, mais j’ai au fond de moi une image de satin rouge dont j’aurais rêvé couvrir non pas ton corps, ton visage ou tes yeux, mais cette tristesse lancinante qui habitait malgré tout, malgré moi une âme généreuse.
Pas l’étoffe…je ne sais plus mais j’ai en moi ce regret pénétrant et dérangeant de ne pas avoir osé abattre les grilles qui gardaient cette pudeur que je partageais, respectais et abhorrais à la fois.
Pas l’étoffe…je sais maintenant que ce n’était nullement une question de courage, de cran ou de volonté, mais bien une question d’absence et de distance tant il m’apparait comme évident que si tu étais là je continuerais de me contenter de ces éclaircies quotidiennes passées à contempler cette femme dont le regard tantôt vif, tantôt effacé, tantôt excité, tantôt discret et désormais fermé éclairait mes journées d’une façon certaine.
J’aime fermer les yeux et me souvenir…
Devant ces murs gris, j’aime fermer les yeux et me souvenir que peut-être un jour tu seras là et que ces couloirs silencieux seront de nouveau habillés de tes pas tantôt feutrés, tantôt claquants, souvent hésitants et toujours bienvenus pour un homme habité par un profond désir d’un sourire d’une âme pour une autre âme. Je me souviens de ton sourire, de tous tes sourires même de ceux qui n’étaient pas pour moi.
Je me souviens …je me souviens de ces cafés noirs que je préparais en t’attendant, en attendant que tu viennes me parler de tout sauf de toi. Je me souviens de cette intimité marquée par le travail, les choses à faire, les objectifs et le reste à faire. Je me souviens du regard des autres, habillé de suspicion et de préjugés, qui nous faisait rire tant nous étions hors de leur portée, hors de leurs jugements.
Je me souviens de toi, je me souviens de ta tranquillité devant mes inquiétudes, de ton optimisme devant ces mêmes inquiétudes pourtant fondées, de ta joie face à la joie des autres qui venaient de recevoir ce que tu n’avais pas, de tes colères silencieuses devant ceux qui ne te voyaient pas alors que moi…
J’aime fermer les yeux et me souvenir…
Peu importe la couleur des murs, peu importent la distance et l’absence, peu importent les malentendus que je transformais en espoirs, peu importent les interdits que tu ne cessais de respecter, peu importe ce quotidien ennuyeux et lassant, peu importe…j’aime fermer les yeux et me souvenir de toi.

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