Akram Djeghim, comédien, à Algérie Presse : «Le talent a besoin de vérité et de regard»
Propos recueillis par O.A Nadir

Dans un moment où le cinéma algérien cherche à se réinventer, à la fois dans ses esthétiques et dans ses visages, certains acteurs incarnent une transition sensible entre l’héritage du théâtre, l’ardeur des studios de télévision et l’intensité du cinéma d’auteur.
Akram Djeghim fait partie de ces trajectoires discrètes mais profondes. Connu pour Les Terrasses (2013), Lotfi (2015) et plus récemment Banat Al Mahrousa (2025), il s’est imposé comme l’une des voix singulières d’une génération cherchant à concilier sincérité du jeu et exigence artistique. Nous l’avons rencontré.
Algérie presse : Vous avez travaillé dans des univers variés, entre le film d’auteur et la série populaire. Qu’est-ce que cela change dans l’approche du jeu, entre caméra de cinéma et caméra de télévision ?
Akram Djeghim : Ce qui change avant tout, c’est le rythme du regard.
Dans le cinéma d’auteur, tout se joue dans la retenue, le silence, les respirations. La caméra te scrute, elle capte le moindre frémissement. À la télévision, il faut aller plus vite, trouver une justesse immédiate, car le spectateur te découvre chaque soir. Mais pour moi, le cœur du métier reste le même : être vrai.
Que ce soit pour un plan de cinéma ou une série, je cherche toujours à habiter le personnage avec sincérité, sans tricher, en puisant dans mon vécu. Le réalisme, ce n’est pas une technique, c’est une attitude intérieure.
Le Festival international du film d’Oran revient chaque année avec la volonté de redonner une place forte au cinéma algérien dans la région. À votre avis, qu’est-ce qui manque encore aujourd’hui pour que ce festival devienne réellement un espace d’émergence pour les jeunes acteurs et réalisateurs ?
Le Festival d’Oran est un symbole fort pour notre cinéma. Il porte une mémoire, une identité, une passion. Ce qu’il lui faut aujourd’hui, c’est davantage d’espaces de transmission et de partage. Un grand festival, ce n’est pas seulement des tapis rouges, c’est une école ouverte, un lieu d’échanges entre générations et entre cultures. Si Oran continue dans cette voie -celle du dialogue et de la découverte- il peut redevenir un véritable laboratoire du cinéma algérien.
Vous avez croisé ou observé le travail d’acteurs comme Abdelkader Djeriou, qui viennent du théâtre, du terrain, du vécu. Selon vous, que peut apporter cette «école de la rue et de la scène» au jeu à l’écran, que ne donnent pas les formations académiques ?
Abdelkader Djeriou n’est pas seulement un acteur que j’admire, c’est un ami, un frère. C’est l’un des meilleurs comédiens que nous ayons aujourd’hui en Algérie, un artiste sincère, profondément humain. Je lui souhaite le succès dans sa carrière d’acteur, mais aussi dans sa mission en tant que commissaire du Festival d’Oran, car il lui apporte un souffle nouveau.
J’espère que la prochaine édition sera une grande réussite, à l’image de sa passion et de sa vision.
Pour moi, les acteurs comme lui, formés par la rue, la scène, la vie, portent une vérité que les écoles ne peuvent pas enseigner. Leur jeu est fait de vécu, d’authenticité, d’instinct. Et c’est précisément cette vérité que le cinéma recherche.
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes acteurs algériens se forment eux-mêmes, filment, écrivent, diffusent sur les réseaux. Est-ce que vous voyez cela comme une chance pour renouveler le cinéma, ou comme un risque de perdre l’exigence du métier ?
C’est une formidable chance, mais aussi une responsabilité. Les jeunes aujourd’hui ont des outils que nous n’avions pas : ils peuvent créer, tourner, diffuser en toute liberté. Mais cette liberté doit s’accompagner d’une exigence.
Créer, ce n’est pas seulement publier une image, c’est raconter une émotion. Je préfère un jeune sincère avec un téléphone qu’un film vide avec des moyens énormes.
Le talent n’a pas besoin de budget, il a besoin de vérité et de regard. Si cette génération garde cette rigueur, elle peut vraiment réinventer notre cinéma. Le cinéma algérien traverse une période de renaissance.
Ce n’est plus seulement une question de moyens, mais de parole, de courage, de sincérité.
Nous avons des histoires à raconter, des visages à montrer, une émotion à partager.Le public algérien ne demande qu’une chose : se reconnaître à l’écran. Et tant que cette vérité-là existera, notre cinéma ne cessera jamais de vivre.
