Tebboune à Béchar : La ligne Gara Djebilet-Béchar officiellement lancée

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé officiellement, hier après-midi dans la wilaya de Béchar, le lancement de l’exploitation de la nouvelle ligne ferroviaire Gara Djebilet – Tindouf – Béchar, et a accueilli la première rame de transport de voyageurs en provenance de la gare de Tindouf. À cette occasion, le chef de l’État a salué les travailleurs de la Société nationale de transport ferroviaire ainsi que tous les contributeurs à la réalisation de ce projet stratégique, échangeant quelques mots avec plusieurs passagers arrivés à bord de ce premier train de la ligne minière ouest.
Le président Tebboune a également supervisé la cérémonie de réception du train transportant les premières cargaisons de minerai de fer issues du gisement de Gara Djebilet à destination d’Oran.
Plus tôt dans la journée, le président de la République avait suivi un documentaire consacré à ce projet stratégique de la ligne minière ouest, produit par la Télévision algérienne et réalisé sous la supervision de la Direction générale de la communication de la Présidence de la République.
Il avait reçu un accueil populaire massif et chaleureux. Les habitants se sont alignés le long de l’avenue principale de la gare de Béchar pour exprimer leur gratitude et leur reconnaissance au chef de l’État, qui leur a adressé en retour ses remerciements pour la chaleur de leur accueil.
Le président Tebboune avait atterri à l’aéroport Boudghene-Ben Ali Lotfi de Béchar, accompagné du ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et Chef d’État-major de l’Armée nationale populaire, le Général d’Armée Saïd Chengriha.
Pour rappel, Gara Djebilet et la ligne ferroviaire minière représentent deux projets historiques au cœur de la diversification économique de l’Algérie.
Pour les économistes Mahfoud Kaoubi et Houari Tigressi, ces projets structurant incarnent une étape historique dans la diversification de l’économie nationale et dans la mise en valeur des richesses minières du pays.
Invités respectivement sur la Chaîne I et sur Radio Algérie Internationale, les experts ont livré une analyse convergente : Gara Djebilet n’est pas un projet isolé, mais une locomotive de développement qui touche à la fois l’industrie, l’agriculture, les infrastructures et l’intégration régionale.
Pour Houari Tigressi, Gara Djebilet est un projet « historique », resté dans les tiroirs depuis 1956 et qui n’a pu être concrétisé qu’aujourd’hui grâce à une volonté politique affirmée. Il rappelle que ce complexe minier dépasse le cadre régional : son impact concerne près d’un tiers du territoire algérien, notamment le sud-ouest et l’ouest, avec des retombées attendues jusque dans le nord-ouest, considéré comme un point de connexion stratégique.
De son côté, Mahfoud Kaoubi a insisté sur le caractère structurant du projet, qui agit comme une pierre angulaire dans l’architecture de la croissance économique voulue par les pouvoirs publics. Il souligne qu’un tel projet était inimaginable dans les années 1970, tant les contraintes techniques, économiques et géographiques étaient importantes.
Les deux économistes se sont accordés sur un point central : la ligne ferroviaire minière est la véritable pierre angulaire du projet. Pour Tigressi, l’obstacle majeur à l’exploitation des richesses minières en Algérie n’était pas le manque de ressources, mais l’absence d’infrastructures adaptées. L’inauguration de cette ligne représente donc un tournant qualitatif, car elle réduit les coûts de transport et confère au produit algérien une compétitivité accrue sur les marchés mondiaux.
Kaoubi a ajouté que le raccordement du gisement aux ports et aux usines de transformation, dans l’Ouest algérien et ailleurs, a permis de résoudre non seulement la question du transport, mais aussi celle de l’approvisionnement en eau et en énergie, intégrant ainsi le projet dans la dynamique de croissance du pôle Béchar–Tindouf.
Projets historiques
Sur le plan économique, Kaoubi a rappelé que les projets structurants ont pour particularité de tirer d’autres secteurs vers le haut. Il insiste sur le fait qu’il ne peut y avoir de développement durable ni de compétitivité réelle sans un secteur industriel fort. Actuellement, l’industrie ne représente qu’environ 7 % du PIB, alors que l’État, conformément aux orientations du président de la République Abdelmadjid Tebboune, vise à porter cette part entre 15 et 19 %.
Il a souligné que l’industrie repose sur des secteurs moteurs comme la sidérurgie, les industries mécaniques et l’automobile, toutes dépendantes du fer. Or, l’Algérie importe aujourd’hui plus de 2 millions de tonnes de fer, ce qui pèse lourdement sur les réserves en devises. La mise à disposition de ressources locales permettrait de réduire ces coûts, d’améliorer la balance commerciale et de renforcer la compétitivité des industries nationales.
Pour Tigressi, Gara Djebilet ne doit pas être perçu comme un projet minier isolé, mais comme une locomotive de développement équilibré sur près de 1.000 km, dans des zones longtemps marginalisées. La région de Béchar, par exemple, recèle au moins 23 substances minérales, dont certaines rares, ainsi que d’importantes potentialités agricoles (notamment dans la culture du palmier dattier et des oléagineux) et touristiques.
Le projet générera une large dynamique économique et sociale, incluant la sous-traitance, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et les start-up. Les universités et centres de formation anticipent déjà des spécialités liées à ce complexe. Sur le plan social, Tigressi évoque la redistribution de la population, la création de nouvelles wilayas déléguées et le renforcement de la stabilité dans des régions comme Tindouf, Béchar, Béni Abbès et Naâma.
Au-delà de sa dimension nationale, Gara Djebilet ouvre des perspectives stratégiques vers l’Afrique. Le raccordement du gisement et de Tindouf au réseau ferroviaire, puis son extension vers les frontières, notamment l’axe Tindouf–Zouerate, jette les bases d’une véritable intégration économique africaine.
La création de zones franches dans ces régions vise à alimenter les marchés africains grâce à une infrastructure solide et à un projet minier de grande envergure, favorisant les échanges avec les pays voisins, en particulier la Mauritanie. Ce choix s’inscrit dans une vision stratégique de long terme, qui transforme le sud-ouest algérien en un espace économique actif et en un pivot des réseaux d’échanges africains.
Interrogés sur l’impact de ces projets sur l’investissement étranger, les deux économistes ont souligné que les infrastructures solides – chemins de fer et ports – constituent un gage de confiance pour les investisseurs.
Tigressi a rappelé que l’Algérie a longtemps souffert des fluctuations des prix du pétrole. Des projets comme Gara Djebilet, le phosphate de Bled El-Hadba et le zinc de Amizour offrent une véritable opportunité de sortir de la dépendance au pétrole et de bâtir une économie diversifiée.
G. Salima
