Alger reprend la main au Sahel: Tebboune accueille Tiani

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a accueilli hier après-midi à l’aéroport international d’Alger son homologue nigérien, le Général Abdourahamane Tiani, dans le cadre d’une visite de fraternité et de travail à la tête d’une importante délégation. Cette rencontre, organisée à l’invitation du président Tebboune, s’inscrit dans une dynamique de rapprochement bilatéral et de coopération régionale renforcée.
Le directeur général de l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), Abdelaziz Medjahed, a qualifié cette visite de « gain pour toute l’Afrique », soulignant qu’elle confirme la voie choisie par l’Algérie dans sa politique africaine. Citant la célèbre maxime du roi numide Massinissa, « l’Afrique aux Africains », Medjahed a rappelé que ce principe reste d’actualité et traduit la prise de conscience des peuples africains quant à leur responsabilité dans la construction de leur avenir.
Il a également salué la décision récente du président Tebboune de renvoyer l’ambassadeur d’Algérie à Niamey, geste qui illustre la volonté d’Alger de privilégier le dialogue et la paix, tout en contrant les tentatives de manipulation de certaines puissances étrangères. Pour Medjahed, l’Algérie assume pleinement ses responsabilités envers ses voisins et le continent, en s’appuyant sur des projets structurants tels que la route transsaharienne Alger-Lagos, la liaison Tindouf-Zouérate en Mauritanie, la dorsale transsaharienne en fibre optique ou encore les zones de libre-échange régionales.
Il a aussi rappelé la création de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement (AICA), dotée d’un fonds d’un milliard de dollars pour financer des projets de développement en Afrique, preuve de l’engagement d’Alger pour une gouvernance solidaire.
De son côté, le politologue Dr Mohamed Cherif Daroui a insisté sur la dimension sécuritaire de cette visite. Selon lui, elle traduit la capacité de l’Algérie à anticiper les mutations rapides dans le Sahel et à proposer des solutions adaptées. Il a expliqué que cette rencontre marque une reprise naturelle des relations bilatérales entre Alger et Niamey, après une période de malentendus alimentés par des influences extérieures.
Daroui a souligné que le dossier sécuritaire sera au cœur des discussions, compte tenu des menaces terroristes et criminelles sévissant aux frontières nigériennes avec le Mali et le Burkina Faso. Ces zones sont le théâtre d’activités de groupes jihadistes et de réseaux criminels impliqués dans le trafic de drogue, notamment de cocaïne, et dans le commerce illicite d’armes.
Sur le plan politique, il a rappelé que Niamey a choisi de renouer avec Alger dans une logique de respect de la souveraineté nationale et de rejet des ingérences étrangères à caractère néocolonial. Il a pointé du doigt les ambitions persistantes de certaines puissances, notamment la France, qui cherchent à maintenir leur emprise sur les ressources minières du Niger.
Daroui a également mis en avant la méthode algérienne, fondée sur le lien organique entre sécurité et développement. Pour lui, seule une croissance inclusive et durable peut assécher les foyers de radicalisation. Il a évoqué des projets structurants comme le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie vers l’Europe, ainsi que des initiatives d’intégration régionale dans les infrastructures et les zones de libre-échange.
Le politologue a enfin anticipé la signature d’une dizaine d’accords bilatéraux couvrant la sécurité, l’énergie, les infrastructures et le commerce. Il estime que les résultats de ce sommet seront suivis de près par les pays du Sahel, du Maghreb et par l’Union africaine, dans un contexte géopolitique marqué par de profondes recompositions.
Pour rappel, les deux pays disposent d’une commission mixte élargie, couvrant divers domaines de coopération, en plus des dossiers continentaux. La coopération bilatérale s’étend aussi au domaine énergétique. Le président Tiani a exprimé son souhait de bénéficier de l’expertise algérienne, notamment dans le cadre du projet de recherche et d’exploration de Sonatrach dans le champ pétrolier de Kafra, ainsi que du gazoduc transsaharien reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie vers l’Europe. Ce projet est considéré comme une infrastructure stratégique pour le développement économique et social des pays de transit.
En janvier dernier, le ministre algérien de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, s’était rendu à Niamey pour réaffirmer la volonté d’Alger de consolider les liens fraternels et de soutenir le Niger dans ses projets énergétiques.
Au-delà des projets économiques, l’Algérie a démontré sa solidarité en envoyant des aides humanitaires au Niger lors des inondations d’août 2024 et en offrant 300 bourses d’études aux étudiants nigériens.
G. Salima

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