Violences faites aux femmes : Une enquête nationale pour comprendre

Les violences faites aux femmes sont un enjeu d’une gravité indéniable, transcendant les frontières, les cultures et les milieux sociaux. Ce fléau, insidieux et persistant, se manifeste sous des formes multiples, allant des agressions physiques aux atteintes psychologiques et émotionnelles, impactant de manière durable la vie de millions de femmes à travers le monde.
Ces violences, perpétrées dans les sphères privée et publique, sont un affront aux droits humains fondamentaux et représentent un obstacle majeur à l’égalité des genres et à l’épanouissement des sociétés. Dénoncer, comprendre et combattre ces violences constituant des défis essentiels pour instaurer un monde où chaque femme peut vivre librement, en sécurité et avec dignité.
En Algérie, comme ailleurs, cette problématique exige une attention urgente et des actions concertées. Des initiatives telles que la récente annonce de l’Institut national de santé publique (INSP) prévoient le lancement d’une enquête nationale en 2024 pour comprendre les facteurs sous-jacents de ces violences.
En parallèle, le Collectif des Associations sur les Droits des Femmes pour la création d’un guichet unique de prise en charge des femmes victimes de violence témoignent de la nécessité de transformer les paroles en actions concrètes.
Ces efforts conjugués ont lancé un appel à l’action collective, soulignant l’urgence de prendre des mesures significatives pour protéger et autonomiser les femmes, tout en mettant fin à un cycle de violence qui perdure depuis trop longtemps.
Dans une déclaration jeudi à Alger, le Professeur Abderezak Bouamra, directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), a annoncé le lancement d’une enquête nationale sur les violences faites aux femmes en Algérie en 2024. Cette initiative, la deuxième du genre après celle de 2003, vise à identifier les différents facteurs conduisant à ces comportements, avec pour objectif ultime la mise en place de mesures adaptées pour lutter contre ce phénomène.
« Cela fait 20 ans que nous n’avons pas réalisé une enquête sur ce phénomène, d’où l’importance de mener une nouvelle enquête pour le maîtriser », a souligné le Professeur Bouamra. Cette annonce intervient dans le cadre d’une Journée de sensibilisation sur « le rôle de la prévention pour la lutte contre la violence faite aux femmes », organisée à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, célébrée le 25 novembre de chaque année.
L’enquête, planifiée pour 2024, s’inscrit dans une démarche proactive pour comprendre les réalités spécifiques auxquelles les femmes en Algérie sont confrontées. Le Professeur Bouamra a insisté sur la nécessité d’impliquer les secteurs concernés, notamment la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale et les acteurs de la société civile. Il a souligné que cette enquête devrait être un effort concerté, impliquant divers intervenants pour garantir une compréhension approfondie des facteurs qui contribuent à la violence à l’égard des femmes.
Rachid Belhadj, chef du service de la médecine légale au CHU Mustapha Pacha, a également souligné la hausse mondiale des cas de violences à l’égard des femmes. Il a identifié de nouvelles formes de violences telles que « la violence numérique » et « la toxicomanie », contribuant à une augmentation significative de la violence envers les femmes et d’autres groupes vulnérables.
L’événement a réuni des représentants de divers secteurs, y compris la justice, la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale, des associations, des psychologues et des sociologues. Ils ont unanimement souligné l’importance capitale de la réalisation de cette enquête, impliquant une collaboration étroite entre tous les secteurs concernés. L’information et la sensibilisation ont également été mises en avant comme des outils essentiels pour faire face à ce phénomène complexe et douloureux.
Appel urgent pour un guichet unique
Les associations féministes et féminines d’Algérie, regroupées au sein du Collectif des Associations sur les Droits des Femmes, lancent, quant à elles, un appel pressant pour la mise en place d’un guichet unique dédié à la prise en charge des femmes victimes de violences. Leur communiqué souligne l’ampleur du phénomène des violences faites aux femmes et plaide en faveur d’une approche coordonnée et intégrale pour améliorer la réponse actuelle.
En Algérie, les violences à l’égard des femmes et des filles restent une souffrance majeure, en constante augmentation d’année en année. Les dispositifs existants, bien que louables, semblent être dépassés dans leur fonctionnement actuel pour faire face à cette problématique complexe.
Le communiqué met en avant les efforts déployés jusqu’à présent, notamment la stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la mise en place d’un numéro vert, l’ouverture de deux centres d’accueil à Mostaganem et Annaba, ainsi que la formation des policiers à la prise en charge des victimes. Malgré ces initiatives, l’écart entre le nombre de femmes violentées et celles qui réussissent au bout du parcours judiciaire demeure considérable.
Face à cette réalité, le Collectif des Associations sur les Droits des Femmes, composé d’une quinzaine d’organisations féminines, a travaillé de concert avec des personnes ressources pendant une année entière. Le fruit de cette collaboration est un mémorandum plaidant en faveur de la création d’un guichet unique destiné aux femmes victimes de violence.
Ce guichet unique, conçu dans le respect du cadre juridique institutionnel existant, vise à mettre en synergie les dispositifs et moyens disponibles tant au niveau institutionnel qu’associatif. Son objectif est de rationaliser et d’optimiser l’efficacité de la prise en charge des femmes victimes de violence. Le mémorandum a été soumis aux plus hautes instances, y compris la présidence de la république, les ministères de la justice, de la solidarité, de la santé, de l’emploi, du travail et de la sécurité sociale, le CNDH, la DGSN et l’Observatoire de la société civile.
Les associations signataires appellent ces parties à soutenir, à adhérer et à s’approprier cette action, inscrite dans le processus de lutte contre d’une violation extrême d’un droit fondamental. Une fois cette première étape accomplie, le Collectif s’attellera à élaborer le contenu du guichet unique, définir sa composition, ses attributions, son implantation idéale, et identifier les intervenants.
Parmi les associations signataires figurent entre autres SOS Femmes en Détresse, Tharwa N’Fadhma n’Soummer, Femmes en Communication (FEC), Femmes Algériennes Revendiquant Leurs Droits (FARD), Graine de Paix, la Ligue de Prévention et de Sauvegarde de la Jeunesse et de l’Enfance de Tizi- Ouzou, la Fondation Mère Enfant d’Alger, la Fondation pour l’Égalité-Ciddef, Sarp, et la psychologue clinicienne Chérifa Bouatta et l’avocate Nadia Ait-Zai. Le collectif appelle à l’unité et à l’action concertée pour mettre fin à ce fléau persistant.
B. Bakhta
