Complications dues au jeûne: Les médecins mettent les points sur les i

Le Ramadhan 2026 s’installe à Oran avec son lot de spiritualité, de veillées tardives et de tables généreuses. Mais derrière l’ambiance lumineuse des soirées et les odeurs de chorba qui flottent dans les quartiers, une autre réalité se joue chaque année dans les services hospitaliers de la ville.

À mesure que le mois sacré avance, les urgences enregistrent une activité plus dense, marquée par des complications directement liées au jeûne, aux changements alimentaires et aux maladies chroniques mal équilibrées.
À l’Établissement Hospitalier Universitaire 1er Novembre 1954, principal pôle hospitalier de l’Ouest du pays, les équipes constatent depuis plusieurs années une augmentation des consultations durant cette période. Les chiffres communiqués lors de précédents bilans font état d’une moyenne comprise entre 40 et 60 consultations supplémentaires aux urgences pour des malaises, troubles métaboliques ou complications digestives en période de carême. Sur l’ensemble du mois, cela peut représenter plus de 300 à 400 cas nécessitant une prise en charge médicale liée aux effets du jeûne ou aux déséquilibres qu’il provoque chez des patients fragiles.
Le profil des patients admis reste relativement constant. Les personnes atteintes de diabète arrivent en tête. Selon l’Atlas 2025 de la Fédération Internationale du Diabète, la prévalence du diabète en Algérie dépasse 10 % chez les adultes. Une étude algérienne multicentrique publiée dans la revue scientifique Diabetes Research and Clinical Practice indique que plus de 80 % des patients diabétiques choisissent de jeûner pendant Ramadhan, malgré les recommandations médicales, et qu’une proportion importante d’entre eux est classée à haut risque de complications.
À Oran, les urgences observent des épisodes d’hypoglycémie en fin d’après-midi, lorsque le taux de sucre chute dangereusement, mais aussi des hyperglycémies sévères quelques heures après la rupture du jeûne, souvent liées à une consommation excessive de sucres rapides et de pâtisseries traditionnelles.
Les troubles hypertensifs représentent également une part significative des admissions. Le changement brutal des horaires de prise de médicaments, associé à des repas riches en sel et en graisses, peut provoquer des poussées tensionnelles.
Chez certains patients, ces déséquilibres s’accompagnent de vertiges, de maux de tête intenses ou de douleurs thoraciques nécessitant une surveillance immédiate. Les cardiologues rappellent que la déshydratation prolongée, particulièrement lorsque les journées sont longues, accentue les risques chez les malades âgés ou souffrants d’insuffisance cardiaque.

Surcharge alimentaire

Les excès alimentaires constituent un autre facteur déterminant. Après une journée de jeûne, l’organisme reçoit parfois en quelques minutes une quantité importante de nourriture, riche en fritures et en sucres concentrés. Les médecins décrivent des cas récurrents de gastrites aiguës, de douleurs abdominales sévères, de vomissements et de troubles digestifs importants. La surcharge alimentaire provoque également des pics glycémiques rapides chez les personnes prédisposées.
Dans certains cas, des intoxications alimentaires sont signalées, notamment lorsque les conditions de conservation des aliments ne sont pas optimales.
À ces complications médicales s’ajoute un phénomène bien connu des services de sécurité : l’augmentation des accidents de la circulation dans l’heure précédant la rupture du jeûne. La fatigue, l’impatience et la baisse de concentration liée au jeûne contribuent à multiplier les collisions, entraînant des admissions supplémentaires aux urgences traumatiques.
Pourtant, les professionnels de santé insistent sur un point essentiel : le jeûne en lui-même n’est pas systématiquement dangereux. Les risques apparaissent lorsque la préparation médicale est absente ou lorsque les excès remplacent la modération. Les recommandations sont claires. Avant Ramadhan, les patients atteints de maladies chroniques doivent consulter leur médecin afin d’évaluer leur capacité à jeûner et d’ajuster les traitements. Pendant le mois sacré, il est conseillé de fractionner l’alimentation, de privilégier les fibres et les protéines, de limiter les sucres rapides et les fritures, et de boire entre 1,5 et 2 litres d’eau entre le ftour et le shour. En cas de malaise, de vertige ou de symptômes inhabituels, la rupture du jeûne est médicalement justifiée et religieusement permise lorsque la santé est menacée.
Le Ramadhan 2026 à Oran rappelle ainsi une vérité simple mais souvent négligée : la spiritualité ne dispense pas de vigilance sanitaire. Les urgences hospitalières demeurent en première ligne, mais la prévention reste l’arme la plus efficace. Entre foi et santé, l’équilibre est possible, à condition d’écouter son corps autant que sa conscience.
O.A Nadir

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