Circoncisions hors hôpital : Nos enfants sont-ils en danger ?

À l’occasion du Ramadhan, période où de nombreuses familles algériennes choisissent de faire circoncire leurs enfants, le ministère de la Santé a rappelé, dans un communiqué rendu public hier, l’importance de respecter strictement les procédures médicales. Les interventions hors cadre légal peuvent provoquer infections, hémorragies et complications graves, parfois mortelles.
Chaque année, le nombre de circoncisions augmente durant le mois sacré. Les familles privilégient souvent cette période pour effectuer l’intervention. Dans le même temps, les hôpitaux continuent de recevoir des enfants en urgence après des interventions mal réalisées. Lors de campagnes à Béjaïa en 2024, au moins 20 cas de complications ont été recensés sur une période restreinte. Plusieurs structures hospitalières rapportent que ce phénomène se répète régulièrement, bien qu’aucune statistique nationale officielle ne permette de mesurer l’ampleur exacte. Parmi ces accidents, 52 % étaient des hémorragies, 27 % des amputations partielles ou totales du gland, et 20 % des lésions urétrales (fistules). Ces chiffres confirment la gravité des interventions hors cadre médical. Le ministère rappelle que la circoncision doit se dérouler dans un établissement de santé, public ou privé, disposant d’équipements adaptés, et pratiquée par un médecin spécialiste.
Pour les familles, ces expériences sont traumatisantes. À Oran, une mère raconte : « Mon fils a beaucoup saigné après l’intervention, réalisée par un infirmier. Nous avons dû courir à l’hôpital en urgence. J’étais paniquée ». À Sidi Bel Abbès, un parent évoque une circoncision collective organisée par une association locale pendant le Ramadhan : « Même lors de cette campagne, mon enfant a développé des complications et a dû être transféré à l’hôpital. On pensait que c’était sûr, mais la réalité a été différente ». Et à Alger, une mère ajoute : « Mon fils de 2 ans a développé une infection après une circoncision faite à domicile. Nous avons été choqués par la gravité de la situation ». Ces témoignages montrent que le problème est national et touche différents contextes, même lors de campagnes organisées par des associations.
Les études cliniques montrent que le profil des opérateurs à risque est préoccupant. 64 % des interventions problématiques sont réalisées par des agents paramédicaux hors cadre légal, et 36 % par des tradipraticiens, souvent sans formation médicale. « Les complications que nous voyons sont presque toujours évitables. Un chirurgien, dans un bloc stérile et après un bilan pré-opératoire, minimise ces risques à presque zéro », explique le Dr B., chirurgien pédiatrique à l’hôpital de Béjaïa.
Ces interventions non médicalisées présentent plusieurs dangers. Les infections massives surviennent surtout lors des circoncisions collectives, où plusieurs enfants sont opérés dans des conditions d’asepsie insuffisantes. L’absence de bilan pré-opératoire, comme le contrôle de l’hémostase, peut provoquer des hémorragies fatales si un trouble de coagulation est présent. L’usage de matériel inadapté — instruments non stériles ou non chirurgicaux — augmente aussi le risque de gangrène ou de mutilation irréversible.
Le ministère rappelle également de ne pas concentrer toutes les interventions sur la seule nuit du 27e jour du Ramadhan, traditionnellement très sollicitée. Étaler les opérations sur tout le mois permet de réduire la surcharge dans les hôpitaux et d’assurer de meilleures conditions de prise en charge.
À ce jour, aucune statistique nationale officielle sur les complications n’a été publiée. Les chiffres disponibles proviennent de rapports médiatiques et d’estimations de praticiens. Ils suffisent pourtant à mesurer le danger : jusqu’à 50 complications pour 1 000 interventions, certaines nécessitant une réintervention chirurgicale. Le nombre réel d’accidents pourrait être encore plus élevé, car de nombreux cas légers ne sont pas signalés.
Pour les spécialistes, la prévention reste la clé. Une circoncision effectuée dans un cadre médical approprié, après un bilan complet, demeure sûre. Toute pratique hors cadre médical comporte des risques graves, parfois mortels. « Protéger un enfant, c’est d’abord respecter la sécurité médicale, même pour un acte que certains considèrent comme banal », rappelle un pédiatre à Oran.
Khaled Boudaoui
