Diversification des ressources en eau: Une solution contre le défi hydrique

Le défi hydrique constitue aujourd’hui une question stratégique pour l’Algérie, dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et l’irrégularité croissante des précipitations.
Invité de la Chaîne 3 de la Radio nationale, le professeur Ahmed Kettab, consultant international et enseignant à l’École nationale polytechnique d’Alger, a livré une analyse détaillée des ressources en eau du pays, des solutions mises en œuvre par les pouvoirs publics et des perspectives pour renforcer la sécurité hydrique nationale.
Selon lui, l’Algérie a progressivement construit une stratégie reposant sur la diversification des ressources, mobilisant les barrages, les eaux souterraines, le dessalement et la réutilisation des eaux usées traitées. Le pays compte actuellement 81 barrages dont le taux de remplissage avoisine 45 %, niveau jugé satisfaisant après plusieurs années de sécheresse. L’expert insiste toutefois sur la nécessité de poursuivre les investissements, notamment en recherchant de nouveaux sites et en traitant l’envasement pour préserver les capacités de stockage.
Le dessalement de l’eau de mer occupe désormais une place centrale dans la stratégie nationale. L’Algérie dispose de 19 stations de dessalement, et le programme national prévoit d’en atteindre 25 d’ici 2030, pour une production globale estimée à 5,6 millions de m³/jour, couvrant près de 60 % des besoins de la population. Parallèlement, les ressources souterraines représentent un potentiel considérable, en particulier dans le Sahara, où la nappe albienne recèle environ 50 000 milliards de m³, partagée avec la Tunisie et la Libye. Ces eaux, parfois salines, nécessitent des projets de déminéralisation, déjà en cours dans plusieurs régions du Sud, notamment à Touggourt.
Le professeur Kettab a également souligné l’importance de la valorisation des eaux usées épurées, encore largement sous-exploitée. Sur près de 4 milliards de m³ d’eaux usées générées chaque année, seules 60 à 70 millions de m³ sont réutilisées, soit à peine 15 à 20 %. Il appelle à renforcer les stations d’épuration et à encourager leur usage dans l’agriculture, l’industrie et l’arrosage des espaces verts.
Enfin, l’expert insiste sur la nécessité de sensibiliser à une consommation rationnelle et de lutter contre le gaspillage, rappelant que le coût réel du mètre cube d’eau dessalée peut atteindre entre 150 et 200 dinars. Pour lui, l’Algérie dispose d’atouts majeurs pour garantir sa sécurité hydrique à moyen et long terme, à condition de mobiliser efficacement ses infrastructures et d’adopter une vision stratégique fondée sur la recherche, la formation et une gouvernance renforcée de la ressource en eau.
T. Feriel
