Etablissements scolaires: Les directeurs interpellent sur leurs prérogatives

Réunis en conférence nationale à Oran, plus de 600 directeurs d’établissements éducatifs ont mis en lumière les contraintes qui entravent leur mission, appelant à une redéfinition claire de leur rôle au cœur du système éducatif.
Organisée, hier à la faculté de médecine de l’université Oran 1 Ahmed Ben Bella, la première conférence nationale des directeurs d’établissements éducatifs, placée sous le thème « Leadership pédagogique efficace : discipline administrative, performance éducative et innovation renouvelée », a donné lieu à des échanges francs sur les réalités du terrain. Présidée par le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Seghir Saâdaoui, la rencontre a rassemblé plus de 600 chefs d’établissement issus des trois cycles d’enseignement, avec une participation élargie à distance.
D’emblée, une préoccupation majeure s’est imposée : le chevauchement des responsabilités entre les différents acteurs de l’administration éducative. Plusieurs directeurs ont dénoncé un manque de clarté dans la répartition des missions, rendant difficile une gestion fluide des établissements. Le directeur apparaît aujourd’hui comme un acteur aux responsabilités multiples – gestionnaire, pédagogue et coordinateur – sans toujours disposer des marges de manœuvre nécessaires.
Par ailleurs, les intervenants ont insisté sur la complexité croissante de cette fonction. Désormais, le rôle du directeur dépasse largement le cadre organisationnel pour englober le pilotage de la qualité des apprentissages, l’encadrement des équipes pédagogiques et la promotion de l’innovation au sein de l’établissement.
Dans cette perspective, les participants ont mis en avant la nécessité de renforcer le leadership pédagogique des directeurs. Cela passe notamment par un suivi plus rigoureux des enseignants, une analyse approfondie des résultats scolaires, la mise en place de mesures correctives adaptées ainsi que l’animation régulière des conseils pédagogiques. De même, l’instauration d’un climat scolaire stable et motivant repose sur une gestion transparente des ressources et sur un dialogue renforcé avec les parents et les partenaires de l’école.
En outre, la transformation numérique du secteur éducatif s’est imposée comme un levier incontournable. Les directeurs ont plaidé pour une généralisation des outils numériques afin de simplifier les procédures administratives, d’améliorer la transparence et de renforcer l’efficacité du pilotage. Dans le même sens, la question de la sécurité des données et de la protection des informations a été identifiée comme un enjeu central de cette transition.
Dans un autre registre, la gestion financière et matérielle des établissements a été présentée comme un pilier essentiel du bon fonctionnement des structures éducatives. Les participants ont souligné la nécessité de mieux articuler le budget avec le projet pédagogique, tout en assurant un suivi rigoureux des dépenses et une gestion optimale des équipements.
Parallèlement, la place du sport scolaire a été largement évoquée, les directeurs appelant à son intégration effective dans les projets d’établissement à travers la création de clubs et l’organisation régulière d’activités, contribuant ainsi au développement global des élèves.
Enfin, l’accent a été mis sur l’importance d’instaurer une culture de l’autoévaluation des établissements, fondée sur des indicateurs objectifs, afin de permettre l’élaboration de plans d’amélioration continue adaptés aux spécificités de chaque structure.
« L’éducation, pilier de la stabilité de l’État »
De son côté, le ministre de l’Éducation nationale a souligné que le secteur de l’éducation constitue « un pilier fondamental de la sécurité sociale de l’État », en ce qu’il forme les cadres et transmet les valeurs de responsabilité.
Dans ce cadre, il a mis en avant la nécessité de renforcer les mécanismes de suivi, d’évaluation et de motivation professionnelle, en coordination avec les différents partenaires du secteur.
Le ministre a, en outre, insisté sur l’objectif d’atteindre « l’établissement stable », condition essentielle, selon lui, pour garantir un fonctionnement efficace des structures éducatives. Il a expliqué que cette stabilité repose sur une gouvernance modernisée, dans laquelle le directeur d’établissement est appelé à jouer un rôle de leader, dépassant les simples tâches administratives pour s’inscrire dans une logique de vision, de planification et de mobilisation des ressources humaines.
Dans le même sens, Mohamed Seghir Saâdaoui a évoqué les efforts engagés par les pouvoirs publics pour améliorer les conditions de travail des directeurs et renforcer leurs prérogatives, notamment à travers le transfert progressif de la gestion des écoles primaires des collectivités locales vers le secteur de l’éducation, offrant ainsi davantage de marges de manœuvre aux responsables d’établissements.
Abordant la mise en œuvre des réformes, le ministre a estimé que leur réussite reste tributaire de la capacité des directeurs à exercer pleinement leurs missions. Il a, à ce titre, dénoncé le recours à des intermédiaires pour accéder aux responsables administratifs, qualifiant ces pratiques de « dérives inacceptables », tout en appelant à une clarification des missions et des responsabilités dans les domaines pédagogique, administratif et financier.
Par ailleurs, il a invité les directeurs de l’éducation au niveau des wilayas à instaurer des rencontres régulières avec les chefs d’établissement, afin d’assurer un suivi de proximité et de mieux prendre en charge les préoccupations exprimées sur le terrain.
Il a aussi appelé à la généralisation des activités sportives, notamment dans le cycle primaire, afin de contribuer à l’épanouissement des élèves et de prévenir les comportements à risque. « L’école primaire constitue la première étape dans la formation du citoyen de demain », a-t-il affirmé.
Khaled Boudaoui
