Cap sur une révolution énergétique: Plaidoyer pour une « École de la batterie » en Algérie

L’Algérie veut transformer son potentiel minier en levier de croissance énergétique et industrielle. C’est dans cette optique qu’elle a fait appel à l’un de ses enfants les plus brillants à l’international : le professeur Karim Zaghib, expert mondialement reconnu dans le domaine des batteries et de la transition énergétique.
Présent ce lundi à l’émission « L’Invité du jour » sur la chaîne 3 de la Radio nationale, le chercheur a plaidé pour la création d’une « École de la batterie » en Algérie, estimant que le pays dispose de tous les atouts pour devenir un acteur majeur dans l’industrie des batteries lithium-fer-phosphate (LFP).
Depuis 2022, plusieurs rencontres entre Zaghib et le ministère de l’Énergie ont jeté les bases d’un partenariat stratégique visant le développement d’une filière nationale autour du lithium. Pour le scientifique, l’Algérie possède un avantage concurrentiel rare : la présence combinée de lithium, de fer et de phosphate — les trois éléments clés pour fabriquer les cellules de stockage électrique.
« L’Algérie fait désormais partie du cercle restreint des pays détenteurs de ces minerais critiques, aux côtés du Chili, de l’Argentine, de l’Australie et du Canada », a-t-il affirmé. Et de souligner que le pays pourrait également exploiter son silicium pour produire ses propres panneaux solaires, une technologie maîtrisée et peu coûteuse.
Au-delà de l’extraction minière, Karim Zaghib appelle à une vision globale. « Il faut arrêter d’exporter nos pierres brutes. L’avenir est dans leur transformation locale par des compétences algériennes », martèle-t-il. Cette stratégie permettrait de développer une chaîne industrielle complète : extraction, transformation, fabrication de cathodes et cellules, recherche et développement, innovation, jusqu’à l’exportation de produits finis. À la clé, la création de plus de 100 000 emplois, selon ses estimations.
Pour concrétiser cette ambition, il insiste sur l’urgence d’une stratégie nationale impliquant universités, centres de recherche, instituts spécialisés et entreprises. D’où son appel à la création d’une « École de la batterie » en Algérie, un établissement de formation dédié à la maîtrise des technologies de stockage d’énergie et à la valorisation des minerais critiques.
Dans un contexte mondial marqué par une course aux métaux stratégiques, le lithium est devenu un enjeu géopolitique majeur. Karim Zaghib estime que l’Algérie peut se positionner comme un acteur incontournable, tout en préservant ses ressources fossiles pour les générations futures.
Déjà impliqué dans l’électrification du réseau de transport canadien et partenaire de grandes marques automobiles comme Tesla, le professeur veut aujourd’hui mettre son expertise au service de son pays d’origine.
Un club algérien de réflexion a déjà été constitué autour de lui pour poser les jalons de cette transition énergétique. « Il faut aller vite. Le facteur temps est crucial », alerte-t-il, appelant à passer des intentions aux actes.
T. Feriel
