Abdenasser Smaïl, auteur, à Algérie Presse: « Saint Augustin entre enracinement et universalité »
Entretien réalisé par O.A Nadir

Figure intellectuelle émergente dans le champ des études philosophiques et spirituelles, Abdenasser Smaïl s’impose à travers une réflexion singulière sur les rapports entre identité, mémoire et universalité.
Avec son ouvrage « Saint Augustin, un Nord-Africain universel », il propose une relecture profonde de l’un des plus grands penseurs de l’Antiquité tardive, en le réinscrivant dans son enracinement nord-africain sans le dissocier de sa portée universelle.
Dans ce travail à la frontière de la philosophie, de l’histoire et de la spiritualité, l’auteur interroge la manière dont une pensée née sur la rive sud de la Méditerranée a pu traverser les siècles et les frontières intellectuelles.
Dans cet entretien accordé à Algérie Presse, Abdenasser Smaïl revient sur les fondements de son ouvrage, sa démarche intellectuelle et sa lecture personnelle de Saint Augustin.
Algérie Presse : Qu’est-ce qui vous a motivé à consacrer votre premier ouvrage à Saint Augustin, et quelle lecture personnelle en proposez-vous ?
Abdenasser Smaïl : C’est d’abord une nécessité intérieure avant d’être un choix académique. Saint Augustin représente pour moi une trajectoire exceptionnelle : celle d’un homme profondément enraciné dans un espace nord-africain, mais dont la pensée a fini par atteindre une dimension universelle. Je ne l’ai pas abordé comme une figure figée de l’histoire, mais comme un mouvement vivant. Ce qui m’intéresse, c’est précisément cette tension entre l’origine et la transformation, entre le sol et l’esprit. Dans mon approche, Augustin n’est pas arraché à son monde, il le traverse, il le dépasse à partir de lui. C’est cette dynamique que j’essaie de mettre en lumière.
En quoi considérez-vous Saint Augustin comme une figure universelle ancrée dans l’identité nord-africaine ?
L’universalité de Saint Augustin ne s’oppose pas à son enracinement, elle en découle. Il est profondément lié à un territoire, à une culture, à une mémoire nord-africaine, et c’est précisément à partir de cette profondeur qu’il construit une pensée qui parle à l’humanité entière. Je pense que l’erreur serait de séparer ces deux dimensions. L’universel chez lui n’est pas abstrait, il est incarné. Et c’est cette incarnation qui le rend encore aujourd’hui intelligible et actuel.
Quels défis avez-vous rencontrés lors de l’écriture de ce livre, tant sur le plan historique que intellectuel ?
Le principal défi était d’éviter les lectures simplificatrices. Saint Augustin est souvent enfermé soit dans une lecture strictement théologique, soit dans une appropriation identitaire. Mon travail a consisté à refuser ces deux extrêmes pour essayer de restituer un mouvement plus profond, plus complexe. Il fallait également articuler rigueur historique et lecture philosophique, sans trahir ni les sources ni la dynamique intérieure de sa pensée. C’est un équilibre fragile, mais essentiel.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux lecteurs algériens à travers cet ouvrage ?
Je dirais que notre rapport à l’héritage doit évoluer. Nous devons cesser de penser la mémoire comme un poids ou une simple conservation du passé. L’exemple de Saint Augustin montre qu’un héritage peut devenir une force de transformation. Il nous invite à comprendre que l’enracinement n’exclut pas l’universalité, et que l’universalité ne signifie pas l’effacement de ce que nous sommes. C’est peut-être cela, au fond, le message essentiel : penser à partir de nous, sans nous enfermer en nous.
