Ce que j’en pense: Le nouveau Sankara ?

Qu’il est loin le temps béni où on pouvait reprendre en main les pays réfractaires du Tiers monde en appuyant simplement sur une gâchette pour dégommer un président révolutionnaire ou un dirigeant récalcitrant. Il existait également l’option de la machette chère à Léopold II, roi des Belges. Mais la palme était au renversement des régimes démocratiques pour les remplacer par des chefs d’Etats fantoches, véritables limaces rampantes aux pieds des anciennes puissances coloniales.
Afrique, Amérique du Sud, Asie, les continents n’avaient plus de frontières pour la France, l’Oncle Sam, la Belgique ou l’Angleterre et là où leurs prétendus intérêts étaient menacés par la démocratie, on envoyait les tueurs attitrés des Services spéciaux pour armer mercenaires et traitres à la Patrie. Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Mohammad Mossadegh pour ne citer qu’eux, ont payé de leur vie un idéal interdit. Ils avaient tenté de sortir leurs pays respectifs du giron colonial mais ont été rattrapés par l’avidité et le cynisme des donneurs de leçons.
Aujourd’hui, la France veut rejouer le remake de la Libye et du Burkina-Faso faisant d’Abdourahamane Tchiani un nouveau Sankara. Qu’importe pour Paris, si le Niger, déjà en proie à des difficultés économiques malgré ses gisements d’uranium, parmi les plus riches au monde, soit détruit par la guerre. Tout ce qui compte pour les Français, c’est que l’approvisionnement de ces centrales nucléaires soit assuré pour éviter le black-out total. Imaginez Paris avec sa Tour Eiffel dans le noir à cause de Poutine et maintenant de Tchiani s’il lui venait à l’esprit de revoir les modalités du contrat de pillage en bonne et due forme. Quel spectacle !!!
Qu’on ne vienne pas nous parler d’un coup d’état malheureux puisque pour ces gens qui aiment penser à la place des Africains tout en les spoliant de leurs richesses naturelles, il existe un bon et un mauvais putsch. Il n’y a qu’à voir l’attitude arrogante de Paris devant les coups d’état au Tchad, soutenant les hommes forts du pouvoir qu’elle a adoubé pour protéger ses intérêts.
Il serait naïf de croire que les anciennes puissances coloniales cherchent le bonheur de leurs colonies. Si elles se prononcent derrière le fallacieux prétexte de la légitimité institutionnelle, ce n’est que pour sécuriser ses investissements dans le ventre de l’Afrique. Si Tchiani avait crié « Vive la France », il aurait été reçu en grandes pompes à l’Elysée et serait proclamé chantre de la démocratie. Mais voilà, le gars a juste dit que les intérêts de son pays passent avant le bien-être des Français même si ces derniers doivent s’éclairer à la bougie.

>> Par Moncef Wafi

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