Ce que j’en pense: Amitié, dis moi ton nom !

Il y a des amitiés toxiques, celles qu’on regrette de nouer un jour de pluie parce qu’on a oublié son parapluie. Puis on se rend compte, mais un peu tard, qu’on n’a jamais possédé de parapluie. Il y a des amitiés linceuls, celles qui vous nouent le ventre et font déborder la fontaine des larmes parce qu’impossibles à assumer. Il y a des amitiés agréables, celles qui vous mettent du baume au cœur, un matin de brouillard quand la vie milite pour votre misère. Il y a des amitiés sincères, celles qui ne cachent pas un poignard empoisonné derrière le dos en vous tendant la main, un faux sourire de dévot sur la vitrine. Ces amitiés sont rares en ces temps de rabais. Il y a des amitiés éphémères qu’on n’a même pas le temps de voir passer, qu’on quitte, sans regrets, à un carrefour encombré.
Il y a des amitiés utiles, celles que BHL tisse, au service du Temple de Salomon, en susurrant à l’oreille des Libyens tout en montrant du doigt le cadavre en sursis de Kadhafi. Et ils sont nombreux les BHL dans ce monde qui exhibent la blancheur de leurs dents pour mieux vous mordre à la carotide. Il y a des amitiés miroirs, celles qui reflètent le désir et l’envie, un contrat de réciprocité qui se déchire au moindre mensonge. Il y a des amitiés fortes, celles qui ne cassent pas au premier souffle de Borée pour se redresser au retour de Zéphyr. Il y a des amitiés drôles, celles inutiles mais ô combien apaisantes pour les esprits las et tourmentés.
Il y a des amitiés virtuelles, celles qui ont pris le pas sur les autres car le fils de l’homme ne sait plus parler qu’au miroitement de son écran impersonnel. Des amitiés qui n’existent que dans l’égo surmené d’ados prématurés. Des amitiés qui vous font perdre le peu de bon sens que la vie a bien voulu vous léguer. Il y a des amitiés imaginaires, celles que votre enfant vous confesse autour de la table du déjeuner. Ces amitiés, il faut vous en méfier si vous ne souhaitez pas que votre gniard ne finisse dans le générique de Conjuring. Il y a des amitiés qui peuvent vous rendre meilleurs, celles qui stimulent, qui émulent et repoussent les limites jusqu’à la bienveillance.
Il y a enfin les amitiés qu’on ne définit pas, celles qui croisent et décroisent les routes, qui se retrouvent et s’attardent un après-midi d’automne ennuyeux. Qui deviennent ombres pour trois jours, cinq semaines, dix mois, quinze siècles avant de s’attabler à nouveau, comme si la séparation n’avait duré que le temps d’un café.
Aux vrais amis, ils sauront se reconnaître !

>> Par Moncef Wafi

Bouton retour en haut de la page