Réouverture partielle: Deux jours au CDES pour secouer l’indifférence universitaire

Par Adnan Hadj Mouri

 

Après plusieurs mois de fermeture du CDES, fermeture qui n’a pas seulement étonné ou attristé, mais qui montre surtout que quelque chose ne va plus dans notre rapport au savoir une équipe du CDES a décidé, ce jeudi, de rouvrir partiellement les lieux. Pendant deux jours, ils se sont efforcés de maintenir, presque contre tout, la flamme de la lecture et des rencontres pour celles et ceux qui croient encore que partager des idées, ce n’est pas juste une formalité administrative, mais un vrai désir.

Mais au-delà de cette belle initiative, une question plus gênante se pose : comment se fait-il que l’université, pleine d’étudiants et d’enseignants, reste si vide quand il s’agit vraiment de fréquenter les lieux du savoir ? Cette indifférence n’est pas juste un manque de curiosité. Elle montre quelque chose de plus profond : l’université n’est plus un endroit qui forme, qui transforme, mais un lieu où le savoir devient un capital symbolique vidé de sa fonction critique. Que le centre de documentation, le CRIDSSH, soit laissé à l’abandon, presque aux « clochards du sens », n’est pas un hasard. C’est le signe d’un problème plus large : le savoir y est traité comme un stock, une archive morte, sans transmission ni débat, privé de ce qu’on appelle «  »le dissensus «  » ce désaccord qui, selon Rancière, est au cœur de l’émancipation intellectuelle. Cette situation révèle le vide de l’université actuelle. Avoir plein de diplômes ne garantit ni pensée, ni rigueur, ni capacité réelle.
*Au contraire, ça donne «  »l’illusion d’excellence «  »pendant que le sens se perd. Là où l’université devrait former des personnes capables de parler et de penser, elle produit surtout des » » gestionnaires du savoir » », bien conformes aux normes, » mais incapables de réfléchir par eux-mêmes.
On se retrouve avec une université qui reproduit l’illusion de la formation. Dans une perspective marxienne, le savoir devient une marchandise : on le compte en crédits, en diplômes, en indicateurs de performance. Sa valeur réelle critique, émancipatrice, transformatrice est sacrifiée au profit de sa valeur « commerciale ».
Les diplômes masquent le vrai fonctionnement des rapports sociaux autour du savoir et font passer l’appauvrissement intellectuel pour de l’excellence académique. L’université cesse d’être un lieu où l’on forme des consciences pour devenir une machine qui reproduit l’idéologie, accumule les titres, et «  »redoute la naissance de vrais penseurs » ». Là où le savoir est transformé en marchandise, la pensée s’éteint, et avec elle toute possibilité réelle de liberté intellectuelle.
Dans la salle du CDES, où une photo d’un sociologue fidèle à cet endroit nous regarde, une phrase revient en tête : « Il faut réinventer l’université. » Ce n’est pas un slogan. C’est un rappel sérieux : il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances, mais de réfléchir à ce que doit être l’université comme lieu de pensée, de critique et de citoyenneté. Réinventer l’université, c’est remettre le savoir au centre, comme outil de liberté et de responsabilité.

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