Aïd El Fitr : Que faire des peaux de mouton ?

Au lendemain de chaque Aïd El-Adha, le même constat revient dans plusieurs quartiers d’Oran. Sur les trottoirs, au pied des immeubles ou près des points de collecte des ordures, des peaux de moutons sont abandonnées à même le sol. Une présence qui s’impose dans le paysage urbain pendant plusieurs jours, en décalage avec l’esprit de la fête, et qui met en lumière les difficultés persistantes de gestion des déchets issus du sacrifice.

 

Dans ce contexte, la Direction de l’Environnement de la wilaya d’Oran a relancé une campagne de sensibilisation sous le slogan « Du sacrifice à l’usine ». L’objectif est de réduire les dépôts sauvages et d’orienter ces résidus vers un circuit organisé de collecte et de valorisation.
À Oran, les services concernés estiment que plus de 300 tonnes de peaux sont abandonnées chaque année durant la période de l’Aïd. Un volume concentré sur quelques jours, suffisant pour désorganiser l’hygiène de plusieurs quartiers, avec des odeurs persistantes, la prolifération de nuisibles et une dégradation rapide du cadre de vie.
Au-delà de la gêne visible, les autorités sanitaires rappellent les risques liés à la décomposition de ces matières organiques en milieu ouvert. La multiplication de bactéries et l’attraction de rongeurs et d’insectes constituent des facteurs de risque, particulièrement dans les zones densément peuplées.
Face à cette situation récurrente, un dispositif de collecte a été mis en place en coordination avec plusieurs acteurs locaux. Des points de dépôt ont été identifiés dans différents quartiers, tandis que des équipes mobiles assurent des passages dans les ensembles résidentiels afin de récupérer les peaux et limiter leur stagnation dans l’espace public.
L’enjeu dépasse toutefois la seule propreté urbaine. Les autorités mettent en avant une filière encore embryonnaire mais à fort potentiel : la valorisation des peaux animales. Une fois collectées, elles peuvent être traitées, tannées et réinjectées dans l’industrie du cuir, notamment pour la fabrication de chaussures, de sacs ou d’articles de maroquinerie.
Dans cette perspective, la peau animale n’est plus uniquement perçue comme un déchet saisonnier, mais comme une matière première susceptible de générer une valeur économique. Une orientation qui suppose néanmoins une organisation plus rigoureuse de la chaîne de collecte, de stockage et de transformation, encore inégalement structurée à l’échelle locale.

« Du sacrifice à l’usine »

En parallèle, la campagne s’étend aux espaces naturels, notamment les forêts périurbaines d’Oran, très sollicitées durant les journées de fête. Les services forestiers rappellent que l’accès à certains sites est réglementé et peut nécessiter une autorisation préalable, dans un contexte de protection du patrimoine forestier et de prévention des risques d’incendie.
Sur le terrain, la pression humaine exercée sur ces espaces sur une courte période reste un facteur de fragilisation. Déchets abandonnés, feux mal maîtrisés et fréquentation non encadrée sont régulièrement cités parmi les principales sources de dégradation.
Sur le plan sanitaire, les services vétérinaires attirent également l’attention sur la gestion des abats et des déchets d’abattage. La présence de certaines pathologies parasitaires, notamment les kystes hydatiques, impose des précautions strictes afin d’éviter toute contamination indirecte via les animaux errants.
Les recommandations restent constantes : enfouissement des déchets loin des zones habitées, évitement du contact avec les parties suspectes de la viande, et élimination sécurisée des viscères.
Enfin, au-delà des dispositifs immédiats, les autorités locales inscrivent cette campagne dans une logique de transformation progressive des comportements. Il s’agit de passer d’une gestion individuelle et souvent improvisée des déchets à une organisation collective structurée, intégrant les dimensions environnementale, sanitaire et économique.
Le slogan « Du sacrifice à l’usine » résume cette ambition : transformer un résidu saisonnier en ressource exploitable, tout en réduisant son impact sur l’espace urbain.
Reste que la réalité du terrain demeure contrastée. Malgré les dispositifs annoncés, les dépôts sauvages réapparaissent chaque année avec une régularité presque mécanique. Dans une ville comme Oran, où les volumes restent importants, l’enjeu dépasse la sensibilisation : il renvoie à la capacité réelle de structurer durablement une filière encore en construction, à la croisée des habitudes sociales, des contraintes sanitaires et des ambitions industrielles.
K.B

 

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