Lutte contre les maladies non transmissibles : Priorité au plan anti-tabac
Le docteur Kamel Aït Oubli, spécialiste en épidémiologie et médecine préventive au ministère de la Santé, a annoncé que les autorités publiques travaillent actuellement à l’élaboration d’un plan stratégique national de lutte contre les facteurs de risque liés aux maladies non transmissibles. Parmi ces facteurs figurent le tabagisme, l’alimentation déséquilibrée et le manque d’activité physique, considérés comme des menaces majeures pour la santé publique.
Invité, hier, de la Chaîne 1 de la Radio nationale, le Dr Aït Oubli a rappelé que la stratégie nationale de réduction du tabagisme repose sur une base légale adoptée par le Parlement, interdisant notamment de fumer dans les lieux publics. Il a toutefois déploré la persistance du phénomène, particulièrement dans les cafés, malgré les campagnes de sensibilisation menées par l’État.
Le ministère de la Santé a mis en place plusieurs actions pour limiter la consommation de tabac : interdiction de la publicité directe dans les médias, augmentation des taxes sur les produits du tabac et création de centres spécialisés pour accompagner les fumeurs dans leur démarche de sevrage, encadrés par des médecins formés au traitement des addictions. Le Dr Aït Oubli a également mis en garde contre les nouvelles stratégies de marketing des multinationales du tabac, qui exploitent les réseaux sociaux et les influenceurs pour cibler les jeunes générations.
Les données disponibles montrent que près de 10 % des adolescents âgés de 13 à 15 ans fument, tandis que la proportion chez les adultes varie entre 25 et 30 %. Les industriels du tabac visent particulièrement les enfants, les jeunes et les femmes afin d’élargir leur clientèle et compenser les pertes liées aux décès ou aux abandons du tabac.
Pour mieux cerner l’ampleur du phénomène, le ministère prépare une enquête nationale qui portera sur un échantillon de 16.400 personnes réparties sur l’ensemble du territoire. Une autre étude sera réalisée avant fin 2026 pour mesurer la prévalence du tabagisme chez les adolescents de 15 à 16 ans, ainsi qu’une troisième enquête ciblant les adultes. Les résultats, attendus début 2027, fourniront des données précises pour renforcer les politiques de prévention.
À l’échelle internationale, le Dr Aït Oubli a qualifié la situation de « préoccupante ». Plus d’un milliard de personnes sont dépendantes du tabac, et chaque année, plus de 8 millions de décès lui sont attribués, dont environ 1,5 million liés au tabagisme passif. Les conséquences ne se limitent pas à la santé : elles touchent aussi l’économie et l’environnement, aggravant le poids global de cette addiction.
Cette annonce intervient alors que l’Algérie intensifie ses efforts pour aligner ses politiques de santé publique sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. La lutte contre les maladies non transmissibles – cancers, maladies cardiovasculaires, diabète – est devenue une priorité nationale, dans un pays où la transition démographique et les changements de mode de vie augmentent les risques. T. Feriel
