Banque africaine de l’énergie: L’Algérie se positionne

C’est un projet longtemps annoncé qui entre désormais dans sa phase de concrétisation. La Banque africaine de l’énergie (BAE) sera officiellement lancée fin juillet, au plus tard début août 2026, avec la désignation de son président et de ses administrateurs. L’Algérie figure parmi les six pays fondateurs, aux côtés du Nigeria, de l’Égypte, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et de l’Angola.
Le projet répond à une réalité de plus en plus pressante. Les institutions financières internationales se détournent progressivement des énergies fossiles africaines sous la pression des politiques de transition énergétique, laissant de nombreux projets pétroliers et gaziers sans financement sur un continent qui recèle pourtant d’immenses réserves. L’Afrique dispose de plus de 125 milliards de barils de pétrole et 600 000 milliards de pieds cubes de gaz.
C’est précisément ce vide que la future institution entend combler. « Nous voulons disposer d’un outil africain indépendant afin d’assurer notre souveraineté dans le choix des projets à financer », a déclaré le secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), l’Algérien Farid Ghezali, dans une déclaration à l’APS.
La BAE démarrera avec un capital d’amorçage de 500 millions de dollars, chaque État membre devant contribuer à hauteur d’un minimum de 83,33 millions de dollars. L’objectif est de mobiliser jusqu’à 10 milliards de dollars lors de la première phase de déploiement, puis 15 milliards d’ici 2030 pour soutenir l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique africaine. La Côte d’Ivoire a d’ores et déjà versé plus de 20 millions de dollars en décembre 2025, tandis que le Nigeria, l’Angola et le Ghana figurent parmi les premiers contributeurs. Dans une phase ultérieure, des capitaux étrangers pourront y participer, avec un statut distinct de celui des membres fondateurs.
Basée à Abuja au Nigeria, la banque a reçu son siège officiel en février dernier, marquant une étape clé vers son lancement effectif. Son premier rôle sera de « dé-risquer » les projets énergétiques en attente de financement, avant de cibler les projets transfrontaliers d’interconnexion régionale — oléoducs, réseaux électriques, raffineries communes.
Parmi les projets phares susceptibles de bénéficier du soutien de la nouvelle institution figure le Gazoduc transsaharien (TSGP), dont l’actualité est particulièrement dense. Le 3 juin dernier, l’Algérie, le Nigeria et le Niger ont validé à Alger, lors de la 5e réunion ministérielle du comité de pilotage, le rapport final de l’étude de faisabilité actualisée réalisée par le cabinet britannique Penspen. Le lancement officiel des travaux de la section algérienne du gazoduc a également été annoncé à l’issue de cette réunion. Un lancement lancé, ce jeudi dans la région d’Aoulef (Adrar), sous la supervision du ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, en présence du ministre d’Etat des Ressources pétrolières (Gaz) de la République fédérale du Nigeria, Ekperikpe Ekpo, et du ministre du Pétrole de la République du Niger, Hamadou Tini.
Long de 4 128 km, reliant Warri au Nigeria à Hassi R’Mel en Algérie en traversant le Niger, le TSGP est conçu pour acheminer jusqu’à 30 milliards de m3 de gaz par an vers l’Europe. Sa mise en service complète reste projetée à 2046, pour un coût estimé à 25 milliards de dollars.
Pour le secrétaire général de l’APPO, ce projet illustre « l’application pratique de la coopération intra-africaine dans le domaine de l’énergie » et constitue précisément le type d’infrastructure que la Banque africaine de l’énergie a vocation à soutenir.
G. Salima
