Bac 2026: Tolérance zéro pour la fraude

Les 876 171 candidats inscrits au baccalauréat session 2026 ont entamé hier leurs épreuves dans 2 973 centres répartis à travers le territoire national, encadrés par plus de 227 278 superviseurs. Mais derrière la logistique se joue, chaque année, une autre bataille : celle contre la fraude.
Invité ce dimanche de la Radio nationale, Saad Belabbas, inspecteur central au ministère de l’Éducation nationale, a dressé un tableau volontairement rassurant. Il a salué une année scolaire marquée par la stabilité, affirmant que les sujets d’examen sont strictement conformes aux programmes officiels et aux standards des évaluations menées tout au long de l’année, dont le baccalauréat blanc. Plus significatif encore, il a noté un recul notable des tentatives de fraude par rapport aux années précédentes, attribuant cette tendance à l’efficacité combinée des campagnes de sensibilisation et des mesures répressives.
Le ministre Mohamed Seghir Sadaoui, qui s’exprimait samedi sur la Télévision nationale, a insisté sur une sécurisation « encore plus remarquable et plus efficace que les précédentes », fondée sur l’application stricte des mesures de préservation de l’intégrité de l’examen.
Le recours aux technologies de communication pour diffuser les sujets d’examen est formellement interdit et constitue un délit passible d’exclusion et de poursuites judiciaires. Les mesures adoptées visent à protéger les candidats, garantir l’égalité des chances et préserver la crédibilité des examens scolaires nationaux. Le ministre a toutefois salué la prise de conscience progressive des candidats, qui se traduit par une baisse tendancielle des cas de fraude d’une année à l’autre.
Ce constat s’inscrit dans une évolution sur plusieurs années. Lors des épreuves du BEM 2025, le ministre de l’Education, Sadaoui, avait recensé 53 cas de fraude, précisant que seules les personnes majeures sont passibles de poursuites pénales. Pour le BEM de cette année, quatre personnes ont été condamnées à Sidi Bel Abbes à cinq ans de prison ferme pour avoir publié sur les réseaux sociaux des sujets du concours pendant le déroulement des épreuves.
Le Bac 2025 avait, lui, donné lieu à de premières condamnations dès le deuxième jour des épreuves : à El Oued, une suspecte avait écopé de 18 mois de prison dont six avec sursis et 100 000 dinars d’amende pour diffusion d’un sujet sur les réseaux sociaux.
De lourdes condamnations
À M’sila, cinq cas de fraude avaient été enregistrés et deux sujets publiés en ligne, aboutissant à des placements en détention provisoire.
Face à la persistance du phénomène — alimenté par la démocratisation des smartphones et des messageries instantanées — l’Algérie a progressivement durci sa législation. Introduits dans le Code pénal lors d’un amendement en 2020, les articles 253 bis 6 et suivants prévoient trois niveaux de sanctions : de 1 à 3 ans de prison assortis d’amendes allant de 100 000 à 300 000 dinars pour les cas simples, et de 5 à 10 ans avec des amendes de 500 000 à 1 million de dinars en cas de circonstances aggravantes, notamment la concertation. Le seuil maximal atteint 15 ans d’emprisonnement et 150 millions de centimes d’amende si la fuite des sujets entraîne l’annulation de l’examen. En parallèle, les candidats fautifs s’exposent à une exclusion administrative de 5 à 10 ans selon leur statut, scolaire ou libre.
Pour la session 2026, le ministère a rappelé ces dispositions avec une clarté sans ambiguïté. Justice, services de sécurité et institutions éducatives ont engagé une coordination renforcée, combinant surveillance numérique, coopération avec les plateformes technologiques et application stricte des sanctions pénales.
L’inspecteur Belabbas a également mis en avant la prise en charge des candidats aux besoins spécifiques, pour qui des salles climatisées en rez-de-chaussée ont été aménagées, dotées de l’ensemble des équipements nécessaires, et un suivi médico-psychologique assuré tout au long des épreuves.
Interrogé sur l’ampleur de l’organisation, Belabbas a relevé que le nombre de candidats au baccalauréat algérien égal la population de certains États, soulignant que l’organisation de cet examen est devenue, selon ses termes, « une industrie algérienne à part entière », fruit d’une expertise accumulée au fil des décennies. Le dispositif comprend 18 centres de compostage, 98 centres de correction et plus de 52 044 encadreurs, dont 48 304 enseignants correcteurs. Une numérisation progressive de l’ensemble du processus — de l’inscription à la proclamation des résultats — est également en cours, adossée à un protocole sécuritaire impliquant les services compétents. G. Salima
