Saison estivale : Mêmes fléaux, mêmes injonctions

C’est un rituel qui se répète avec une régularité décourageante. Chaque été, les plages algériennes redeviennent le théâtre des mêmes désordres : accès payants imposés illégalement, privatisation rampante du littoral, engins nautiques motorisés semant la panique parmi les baigneurs. Et chaque été, les autorités réitèrent les mêmes mises en garde.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a une nouvelle fois haussé le ton lors du Conseil des ministres de ce dimanche 7 juin, en insistant sur la nécessité d’un suivi rigoureux pour garantir la gratuité des plages et préserver la quiétude des familles, tout en ordonnant l’actualisation des textes de loi pour combattre l’appropriation illégale du littoral.
Le droit à l’accès gratuit aux plages est pourtant gravé dans la loi. L’article 5 de la loi en vigueur stipule expressément que l’entrée aux plages est gratuite, une disposition régulièrement bafouée. La mafia des plages est partout présente, obligeant presque les estivants à payer pour avoir un accès direct à la mer, dénonçaient des observateurs dès l’été 2024. Ces dernières années ont vu proliférer des pratiques illégales : plages confisquées, accès payants imposés de manière arbitraire, services médiocres et absence de contrôle.
Face à ce constat, le gouvernement a publié, dans le Journal officiel n°36 du 17 mai 2026, le décret exécutif n°26-198 modifiant en profondeur les règles de concession des plages ouvertes à la baignade, affichant la volonté de reprendre le contrôle du littoral, de limiter la privatisation abusive des espaces publics et de professionnaliser l’activité touristique balnéaire. Mais le texte peine à convaincre les plus sceptiques, qui rappellent que le squat illégal des plages a porté atteinte à la gratuité consacrée par la loi saison après saison, les exploitants illégaux appliquant des prix exorbitants qui ne sont pas à la portée de tous les citoyens, une situation constatée par la commission nationale de préparation de la saison estivale lors de ses sorties sur le terrain.

Le danger des jets-skis

L’autre plaie estivale, plus meurtrière encore, est celle des engins nautiques motorisés utilisés sans scrupules dans les zones de baignade. En 2025, un enfant a été amputé d’une partie de son bras après avoir été percuté par un jet-ski sur une plage de Béjaïa, à quelques mètres seulement du bord. La même saison, un plongeur a été tué après avoir été percuté par une moto des plages à Tipaza, le conducteur prenant la fuite après les faits. Ce type d’accidents est loin d’être isolé : le ministère de l’Intérieur avait signalé dans une instruction que plusieurs accidents de véhicules nautiques avaient été enregistrés au niveau des plages autorisées à la baignade, représentant une menace pour la sécurité des estivants, notamment les enfants, en raison du non-respect de l’interdiction d’utilisation à moins de 100 mètres de la zone de baignade.
C’est pour mettre fin à cette anarchie que le président Tebboune a ordonné, lors du même Conseil des ministres, de dédier des zones spécifiques du littoral national à la pratique des loisirs nautiques motorisés, séparées des espaces de baignade.
La question que beaucoup d’Algériens se posent est ailleurs : pourquoi ces mêmes injonctions doivent-elles être réitérées année après année ? Cette question revient régulièrement chaque saison estivale et des interrogations persistent autour des poursuites judiciaires des contrevenants.
T. Feriel

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