Mondial 2026: Les Verts face à leur destin

Djamel Hamdan

 

L’Algérie affrontera la Suisse dans la nuit de jeudi à vendredi (04h00, heure algérienne) au BC Place de Vancouver, pour un seizième de finale de la Coupe du monde 2026 qui s’annonce aussi indécis que passionnant.

La Suisse abordera ce rendez-vous avec plus de certitudes. Première de son groupe, invaincue depuis le début du tournoi, la Nati a confirmé ce qui fait sa force depuis plusieurs années : une organisation collective rigoureuse, une grande maîtrise des temps faibles et une remarquable régularité dans les grandes compétitions. Avec sept buts inscrits, les hommes de Murat Yakin ont affiché l’une des attaques les plus efficaces du premier tour. Ils ne sont toutefois pas irréprochables. Les Helvètes ont encaissé un but dans chaque match en phase de groupes, preuve que leur arrière-garde peut être mise en difficulté, notamment lorsqu’elle est bousculée par un pressing agressif ou attaquée dans la profondeur.
L’Algérie, elle, a suivi un parcours beaucoup plus mouvementé. Les Verts ont inscrit cinq buts, renversé des situations compromises et offert une dernière rencontre parmi les plus spectaculaires du premier tour. Mais cette générosité offensive s’est souvent accompagnée d’erreurs évitables. Les sept buts encaissés rappellent que les difficultés ne concernent pas uniquement la défense. Les pertes de balle au milieu, les replacements tardifs et certaines hésitations dans les sorties du gardien ont régulièrement exposé l’équipe nationale. Face à une sélection aussi disciplinée que la Suisse, la moindre approximation pourrait coûter très cher. Défenseurs, milieu récupérateur et gardien devront afficher une concentration de chaque instant s’ils veulent éviter les erreurs qui ont marqué la phase de groupes.

Une bataille d’échecs

Cette rencontre mettra également aux prises deux sélectionneurs dont les trajectoires sont intimement liées. Murat Yakin a succédé à Vladimir Petkovic en août 2021 et a su préserver la compétitivité de la Suisse, avec une qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2022 puis un quart de finale à l’Euro 2024. Durant ce Mondial, son choix de faire confiance au jeune Manzambi s’est révélé particulièrement payant. À seulement 20 ans, le milieu offensif s’est imposé comme l’une des révélations du tournoi avec trois buts et une passe décisive.
En face, Petkovic possède un avantage rare : il connaît de l’intérieur le fonctionnement de la sélection suisse, qu’il a dirigée pendant sept années. C’est lui qui a contribué à bâtir une grande partie de l’identité de cette équipe. Depuis son arrivée à la tête des Verts en février 2024, il a remis l’Algérie sur la scène mondiale après douze ans d’absence. Les Verts affichent aujourd’hui un potentiel offensif évident. Reste désormais à trouver l’équilibre qui lui a parfois fait défaut depuis le début de la compétition.
Sur le plan tactique, la bataille du milieu sera déterminante. La Suisse s’appuie sur le tandem Xhaka-Freuler pour contrôler le tempo et installer son jeu. Devant eux, Manzambi bénéficie d’une grande liberté pour alimenter les attaquants, tandis que Vargas cherche constamment la profondeur. L’objectif des Suisses sera d’attirer le bloc algérien avant de trouver rapidement les espaces sur les côtés.
L’Algérie possède cependant des armes capables de faire vaciller cette mécanique bien huilée. Mahrez, Maza, Aouar et Chaïbi disposent de la qualité technique nécessaire pour casser les lignes et accélérer le jeu entre les espaces. Si les Verts parviennent à exercer un pressing coordonné et à récupérer le ballon haut, ils peuvent exploiter une certaine lourdeur de la défense suisse ainsi que les moments d’hésitation que la Nati affiche lorsqu’elle est privée de maîtrise.
Pour cette rencontre, Petkovic devrait reconduire Luca Zidane dans les buts derrière une défense composée de Samir Chergui, Aïssa Mandi, Ramy Bensebaïni et Rayan Aït-Nouri. Nabil Bentaleb et Houssem Aouar devraient former le double pivot, tandis qu’Ibrahim Maza, Farès Chaïbi et Riyad Mahrez évolueront en soutien d’Amine Gouiri.Les matchs à élimination directe obéissent souvent à leur propre logique. Et si la Suisse possède peut-être plus de certitudes collectives, l’Algérie possède des arguments capables de faire basculer une rencontre en quelques minutes. À condition de gommer les erreurs qui ont entaché son parcours au premier tour.La Nati apparaît comme un adversaire redoutable. Mais les coéquipiers de Riyad Mahrez ont rendez-vous avec leur histoire. Douze ans après l’épopée de 2014, ils ont l’occasion de faire mieux et de prolonger la joie de tout un peuple.

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