Diaspora: Ces vacanciers qui font tourner l’économie locale

Chaque été, le même rituel se répète à Oran. Dès les premiers jours de juillet, les avions et les navires en provenance de France, d’Espagne, de Belgique, du Canada, d’Italie ou encore du Royaume-Uni font atterrir des milliers d’Algériens venus retrouver leurs familles.

Les scènes de retrouvailles à l’aéroport Ahmed-Ben Bella et au port d’Oran sont devenues un symbole de la saison estivale. Mais derrière l’émotion se cache un phénomène économique de grande ampleur.
Les économistes rappellent que la diaspora algérienne est estimée entre 3 et 4 millions de personnes, principalement installées en Europe. Chaque été, une partie importante d’entre elles choisit de passer ses vacances au pays, générant une hausse de la consommation dans des secteurs aussi variés que le commerce, la restauration, l’hôtellerie, les transports, les loisirs et les locations saisonnières. Selon les données de divers organismes, les transferts de fonds effectués par les Algériens résidant à l’étranger par les circuits officiels représentent des sommes considérables, sans compter celles acheminées par des voies informelles. Ces fonds permettent à de nombreuses familles de financer leurs dépenses, de rénover leurs logements, d’investir dans de petits commerces ou simplement d’améliorer leur quotidien.
À Oran, cette dynamique est visible dans presque tous les quartiers. Les commerces du centre-ville, d’Akid Lotfi, de Maraval, de Canastel ou encore d’Aïn El Turck voient leur clientèle augmenter dès le début du mois de juillet. Les boutiques de vêtements, de chaussures, de parfums, de téléphones et d’électroménager réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires annuel pendant cette période.
« Dès que les familles arrivent de France ou de Belgique, on le remarque immédiatement. Les ventes augmentent parfois de près de 40 % », raconte Ahmed, commerçant au centre-ville. « Beaucoup achètent des cadeaux pour leurs proches et repartent avec plusieurs valises remplies de produits algériens. »
Les restaurants, cafés et glaciers profitent eux aussi de cet afflux. « Les soirées d’été sont notre meilleure période. Les familles viennent nombreuses, souvent jusqu’à tard dans la nuit. Sans les Algériens de l’étranger, notre saison serait beaucoup plus calme », témoigne Mourad, restaurateur à Aïn El Turck.
Les agences de location de voitures enregistrent également une forte demande, tout comme les propriétaires d’appartements meublés. Certains réservent même leurs logements exclusivement à cette clientèle estivale. Les chauffeurs de taxi et les transporteurs privés parlent d’une activité soutenue entre l’aéroport, les plages et les visites familiales.
Au-delà des dépenses quotidiennes, plusieurs experts estiment que la diaspora représente un potentiel encore sous-exploité pour l’économie algérienne. Son épargne, ses compétences et sa capacité d’investissement pourraient contribuer davantage au développement des petites entreprises, du tourisme, de l’innovation et de la création d’emplois si davantage de projets étaient facilités.
Ainsi, chaque avion qui atterrit à Oran ne transporte pas seulement des vacanciers venus retrouver leurs proches. Il apporte aussi un souffle économique qui profite aux commerçants, aux artisans, aux restaurateurs, aux transporteurs et à de nombreuses familles, faisant de la diaspora l’un des moteurs les plus visibles de l’économie estivale de la capitale de l’Ouest.
O.A Nadir

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