Législatives du 2 juillet : Une « majorité présidentielle élargie » se dessine

Les résultats provisoires des élections législatives du 2 juillet 2026 traduisent un choix rationnel de l’électeur algérien, davantage soucieux de continuité institutionnelle que de rupture, selon l’analyse livrée, hier mardi, par le professeur Idriss Attia, spécialiste des sciences politiques et des relations internationales, invité de la Chaîne I de la Radio nationale.
Pour le professeur Attia, le scrutin n’a réservé aucune surprise : il a plutôt confirmé la volonté de la société de préserver une ligne politique institutionnelle, qualifiée de « logique », incarnée par la dualité traditionnelle entre le Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND). Une configuration que l’Algérie a déjà connue lors de six législatures précédentes, le FLN occupant systématiquement la première place en nombre de représentants, suivi du RND.
« Cette bipolarité a fait ses preuves, et peut-être même a été garante, dans la préservation de la stabilité politique du pays au cours des deux dernières décennies, et peut-être davantage », a-t-il affirmé.
Les résultats provisoires annoncés le 6 juillet par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) confirment cette lecture : selon les chiffres communiqués par le président par intérim de l’instance, Karim Khelfane, le FLN conserve son rang de première force politique à l’assemblée en remportant 90 sièges, dont 85 dans les wilayas et 5 à l’étranger, contre 98 sièges en 2021. Le RND réalise la meilleure progression, passant de 58 sièges et d’une quatrième place en 2021 à la deuxième position, avec 73 sièges dont deux à l’étranger.
Le professeur Attia attribue cette configuration aux mutations profondes traversées par les partis politiques, devenus moins idéologiques et davantage engagés dans une compétition centrée sur l’efficacité des programmes proposés, à l’échelle nationale comme locale — une dynamique qui, selon lui, les prédispose à soutenir les choix stratégiques de l’État.
L’invité de la Radio a également mis en avant le rôle du Front El Moustakbal, qu’il considère comme une force de balancier flexible, capable de contribuer à une ingénierie politique nécessaire, que ce soit sur le plan de la géographie électorale nationale ou dans l’équilibrage entre les grandes formations.
Entre stabilité et technocratie
Cette lecture est corroborée par les chiffres : le parti dirigé par Fateh Boutbig confirme sa percée avec 59 sièges, dont 2 à l’étranger, contre 48 sièges en 2021, se hissant à la troisième place du nouvel hémicycle.
Comparant ce scrutin à celui de 2021, le professeur Attia a relevé que le nombre de partis représentés à l’Assemblée populaire nationale (APN) est passé de 23 à 32, en plus de la représentation des indépendants, ce qui invite selon lui à dépasser la simple comparaison arithmétique pour analyser les indicateurs structurels de la compétition électorale entre partis.
Il observe que le paysage politique traduit globalement un environnement de stabilité entre les grandes forces politiques — FLN et RND en tête, aux côtés de la montée du Front El Moustakbal, parti jeune —, tandis que les autres formations parviennent également à préserver leurs positions. Le scrutin a par ailleurs vu émerger de nouveaux profils technocratiques de qualité, bien qu’engagés dans la compétition sous la bannière de partis politiques.
Les résultats provisoires complets, tels que rendus publics par l’ANIE, dessinent une Assemblée où le Mouvement de la société pour la paix (MSP) obtient 43 sièges et le Mouvement El-Bina 38 sièges, les listes indépendantes recueillant 30 sièges, tandis que le Front des forces socialistes (FFS) décroche 12 sièges. Ce scrutin s’est par ailleurs déroulé dans un contexte de très faible mobilisation : le taux de participation provisoire s’est établi à 21,24 %, avec un peu plus de 5 millions de votants sur près de 24 millions d’inscrits, et plus de 910 000 bulletins nuls ont été recensés — l’un des taux les plus bas de l’histoire électorale du pays.
Le professeur Attia conclut son intervention en estimant que la carte politique issue de ce scrutin ouvre la voie à la formation d’une majorité présidentielle élargie, conduite par le FLN, le RND et le Front El Moustakbal, ces trois formations disposant de la majorité parlementaire requise pour constituer un programme gouvernemental. Il n’exclut pas l’adhésion d’autres forces à cette dynamique, dans un climat de convergence politique entre le gouvernement et les deux chambres du Parlement, en cohérence avec le programme du président de la République et sa mise en œuvre au sein de cette majorité élargie.
G. Salima
