Ebola aux portes de l’Afrique: L’Algérie doit-elle s’inquiéter ?

Plus de 5 290 cas confirmés et 2 516 morts en République démocratique du Congo : l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola, provoquée par la souche Bundibugyo, continue sa progression meurtrière en Afrique centrale sans qu’aucune liaison aérienne directe ne relie Alger à Kinshasa, un rempart géographique qui, pour l’heure, tient l’Algérie à distance du foyer épidémique.
L’alerte est pourtant maximale à l’échelle internationale. Déclarée urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé le 17 mai dernier, l’épidémie a franchi un nouveau seuil critique le 20 août, avec 837 patients actuellement hospitalisés en isolement dans les provinces congolaises touchées. Particularité redoutée par les épidémiologistes : contrairement au virus Ebola Zaïre responsable des précédentes flambées les plus connues, la souche Bundibugyo en circulation ne dispose à ce jour d’aucun vaccin ni traitement spécifique homologué, ce qui contraint la riposte à s’appuyer quasi exclusivement sur l’isolement des malades et la traçabilité des contacts.
La province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, concentre l’essentiel de la catastrophe sanitaire, avec près de 85% des cas recensés à l’échelle nationale selon les derniers bulletins de situation. Le virus a déjà franchi les frontières congolaises : des cas ont été confirmés en Ouganda voisin dès les premiers jours de l’épidémie, et un cas isolé a même été détecté en France fin juin, preuve que l’exportation du virus hors du continent africain, bien que statistiquement rare, demeure possible dans un monde de mobilité aérienne intense.
Cette réalité a suffi à faire réagir plusieurs capitales africaines non frontalières de la zone épidémique. Le Gabon a ainsi renforcé sa surveillance sanitaire dès les premières semaines de la crise, tandis que l’Égypte, tout en écartant formellement la présence de tout cas sur son territoire, a appelé ses ressortissants à éviter les déplacements non essentiels vers les régions affectées.
Par ailleurs, dix pays d’Afrique centrale, australe et de l’Est ont renforcé les contrôles sanitaires à leurs frontières sur fond de propagation de la fièvre Ebola en République démocratique du Congo (RDC), a indiqué vendredi le quotidien tanzanien The Citizen, citant une instance sanitaire.
Absence de connexions directes
Outre l’Ouganda, les mesures sont mises en œuvre au Rwanda, au Burundi, au Soudan du Sud, en Zambie, en Tanzanie, au Kenya, en Angola, au Malawi et au Mozambique, considérés comme des pays présentant un risque élevé de propagation du virus en provenance de la RDC.
Pour l’Algérie, le principal facteur de protection reste structurel : l’absence de vol direct entre Alger et les zones congolaises et ougandaises touchées par l’épidémie.
Une donne qui rejoint un principe déjà énoncé par les autorités sanitaires algériennes lors de précédentes alertes Ebola, lorsque les services de contrôle sanitaire transfrontalier avaient souligné que le danger de propagation du virus vers l’Algérie demeurait minime comparativement aux pays européens, précisément en raison de cette absence de liaison aérienne directe avec les foyers africains à risque.
Ce paramètre n’est toutefois pas figé. Air Algérie a inauguré ces derniers mois de nouvelles lignes vers l’Afrique subsaharienne, notamment vers Abuja et Douala, redessinant progressivement la carte des connexions aériennes du pays avec le continent. Le mode de transmission du virus Ebola – par contact direct avec les fluides corporels d’une personne symptomatique, et non par voie respiratoire – constitue par ailleurs un frein structurel à toute diffusion rapide de type pandémique, à la différence d’un virus à transmission aérienne.
Consciente du risque d’exportation, la RDC a elle-même durci son dispositif de riposte. Kinshasa impose désormais une quarantaine de 21 jours pour tout voyageur ayant séjourné dans une province touchée avant tout déplacement à l’étranger, assortie de contrôles sanitaires renforcés aux points d’entrée du pays et d’un formulaire obligatoire pour les vols internationaux. L’Organisation de l’aviation civile internationale a de son côté exhorté l’ensemble des gouvernements et compagnies aériennes à appliquer strictement les protocoles sanitaires hérités de la pandémie de Covid-19, sans pour autant recommander de restriction généralisée du trafic aérien mondial.
À ce stade, aucune mesure spécifique ni aucun communiqué officiel du ministère algérien de la Santé concernant cette épidémie 2026 n’a été identifié dans les sources disponibles les plus récentes – une vigilance de routine, conforme aux protocoles habituels du Règlement sanitaire international, semble donc de mise plutôt qu’un dispositif d’exception.
G. Salima
