Péril récurrent en Algérie: Ayoub, 10 ans, piégé dans un puits de 80 mètres

Un enfant de 10 ans est retenu depuis quatre jours au fond d’un puits artésien asséché de 80 mètres de profondeur à El Bayadh, tandis que le directeur général de la Protection civile, le colonel Boualem Boughlaf, s’est rendu sur place ce samedi pour superviser en personne une opération de sauvetage devenue l’une des plus longues et des plus suivies de ces dernières années en Algérie.

Selon un communiqué des services de la Protection civile, le colonel Boughlaf a fait le point sur l’avancement des travaux entrepris pour atteindre l’endroit où se trouve l’enfant, s’informant de chacune des étapes de l’intervention et inspectant les moyens humains et matériels déployés ainsi que les conditions dans lesquelles agissent les équipes de secours, les experts et les techniciens spécialisés mobilisés sur le site.
Le forage se poursuit à l’aide de divers engins mécaniques, complété par un travail manuel mobilisant l’ensemble des moyens humains et matériels disponibles, avec le recours aux techniques appropriées définies par les experts et techniciens, en raison de la difficulté de la situation et de la nature du terrain, jusqu’à atteindre le point où se trouve l’enfant et procéder à son extraction, précise la même source.
L’accident s’est produit mercredi 2 septembre vers midi au village d’Er-Rokn, dans la commune d’El Ghassoul, daïra de Brézina. Le jeune Ayoub serait tombé après avoir marché sur une plaque de contreplaqué recouvrant l’ouverture d’un puits d’environ 40 centimètres de diamètre seulement, creusé selon des méthodes traditionnelles et remblayé de terre jusqu’à 30 mètres de profondeur, sans aucun tubage de protection. D’après les précisions communiquées par la Protection civile, l’enfant se trouverait enseveli sous une épaisse couche de terre, ce qui complique considérablement les opérations d’extraction.
Les secouristes ont dû renoncer à une descente directe, jugée trop dangereuse compte tenu de l’étroitesse du conduit et du risque d’effondrement, pour privilégier le creusement d’un puits parallèle et d’une galerie horizontale permettant d’accéder latéralement à la victime. Vendredi, la progression des travaux a par ailleurs été freinée par la nature rocheuse du sous-sol, avant que les équipes n’atteignent, samedi, une profondeur de forage d’une quinzaine de mètres.

Le souvenir de Ayache

Ce drame ravive le souvenir de plusieurs accidents similaires survenus ces dernières années dans le pays. En décembre 2018, un jeune homme de 31 ans, Ayache Mahdjoubi, était resté coincé neuf jours durant à une trentaine de mètres au fond d’un puits artésien du village d’Oum Echemel, dans la commune de Houamed, au sud-ouest de M’sila. Malgré la mobilisation de plusieurs centaines d’agents de la Protection civile et un vaste élan de solidarité populaire ayant permis de financer les travaux de fonçage, il n’avait pu être secouru et sa dépouille n’avait été extraite qu’après plusieurs jours d’efforts, provoquant une vive polémique sur la lenteur et les moyens limités des secours.
Ces drames répétés mettent en lumière les caractéristiques communes de ce type d’ouvrage, qui prolifèrent dans les zones rurales et steppiques du pays. Il s’agit le plus souvent de puits artésiens creusés de façon artisanale par des particuliers ou des exploitants agricoles à la recherche de nappes phréatiques, sans étude géotechnique préalable ni respect des normes de construction. Leur diamètre réduit, généralement compris entre 30 et 50 centimètres, les rend impraticables pour une intervention humaine directe, tandis que l’absence de tubage ou de cuvelage fragilise les parois et expose les sauveteurs à un risque permanent d’effondrement. Nombre de ces forages, devenus secs après épuisement de la ressource ou abandonnés en cours de réalisation, ne sont ni rebouchés ni signalés, et se retrouvent recouverts de simples planches, plaques de tôle ou de contreplaqué qui cèdent facilement sous le poids d’un enfant ou d’un animal.
La loi algérienne relative à l’eau du 4 août 2005 encadre pourtant la réalisation des puits et forages, notamment à l’intérieur des périmètres de protection, mais aucun dispositif contraignant ne semble aujourd’hui imposer le comblement systématique des ouvrages abandonnés, laissant ainsi persister ce risque dans de nombreuses régions rurales du pays. À chaque nouvel accident, les mêmes interrogations resurgissent sur l’absence d’inventaire national de ces puits sauvages et sur la nécessité d’une réglementation plus stricte imposant leur signalement, leur clôture ou leur rebouchage.
G. Salima

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