Ce que j’en pense: La Libye de BHL

La Libye, c’est le pays de Omar El-Mokhtar alias Anthony Quinn ; celui de Mouammar Kadhafi assassiné sur ordre de Sarkozy. La Libye, c’est aussi un ventre rempli de pétrole et de gaz qui profitait à ses enfants, mais plus maintenant parce que l’OTAN, commandé par son maréchal d’opérette, Bernard Henry Levy, l’a bombardé, dépecé, l’offrant à des chefs de guerre missionnés.
Devenu un pays à conquérir, la Libye a vu se déchainer sur son sol les inimitiés les plus meurtrières, s’aiguiser les appétits les plus féroces et s’entrechoquer les intérêts politico-économiques des uns et des autres. Terre des contrastes, elle offre aujourd’hui le visage tuméfiée d’une multinationale, incapable de transfuser son propre sang noir pour nourrir sa population.
La Libye, c’est aussi ce rêve caressé par Khadafi, le visionnaire capricieux ; pas celui à qui on peut bien penser parce que les spins-doctors nous ont demandé de le caricaturer ainsi. Comme Martin Luther King, il a fait un rêve, celui d’une Afrique unie, réellement indépendante, disposant de son système monétaire frappé chez eux pas en France. Comme Martin Luther King, il a été assassiné et son pays est désormais l’exemple à éviter. Armes contre pétrole ; soumission vassale contre promesse de pouvoir ; il est à la merci du soubresaut des humeurs des capitales d’ailleurs et des intérêts changeants de l’heure.
Hier, la tempête Daniel a frappé l’Est de la Libye. Derna n’est plus qu’un vague souvenir d’une ville ayant jadis existé alors que les bilans s’alarment du nombre de décès et de disparus. Pourtant, et comme si les choses n’étaient pas autant compliquées, une polémique est venue perturber la sieste des morts. Pour le Croissant-Rouge libyen, le chiffre avancé de plus de 11.000 tués contribue à saper le moral des troupes. En fait, le plus important n’est pas dans cette querelle des chiffres mais dans l’urgence des secours qui ont tardé à arriver à l’Est du pays. Hormis les secouristes algériens, rares les pays qui ont proposé leurs aides à la Libye, aux premières heures de la catastrophe.
Les raisons sont aussi fallacieuses que le rire forcé de Macron quand il se fait huer par son propre peuple. On avance l’insécurité qui aurait pris le pas sur l’humanitaire, prétextant un climat de guerre pesant sur la région. Pourtant entre le Maroc et la Libye, c’est juste l’envie de faire copain-copain avec l’entité sioniste qui les sépare. Pour le reste, ce n’est que littérature.

>> Par Moncef Wafi

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