La quasi-majorité du chardonneret a disparu des forêts d’Oran : Le braconnage des espèces protégées menace la biodiversité

Enquête réalisée par Hamza B.
Le nombre du chardonneret élégant, l’une des espèces d’oiseaux protégées a enregistré une baisse alarmante dans les forêts d’Oran, selon Chafiallah Bennamar, le président de l’Association d’ornithologie et de protection de l’environnement « Chafiallah ». Interrogé par Algérie-Presse, il a tenu a tirer la sonnette d’alarme en appelant à la réactivation de la loi en frappant d’une main de fer pour lutter contre le braconnage d’une part et le commerce des espèces d’animaux sauvages protégés d’une autre part.
« Auparavant, le chardonneret était visible dans pratiquement toutes les forêts d’Oran, mais actuellement son nombre a drastiquement baissé de 98% à cause de la chasse illégale et son commerce florissant », indique notre interlocuteur. Selon ses explications, la question du phonème de la chasse illégale en Algérie est « complexe ». « Notre association est membre de la commission de wilaya de lutte contre la chasse illégale et la protection des espèces protégés. On réalise périodiquement des sorties dans les forêts où des individus sont arrêtés en train de chasser sans permis ou en utilisant des moyens prohibés et interdits », précise-t-il. Il ajoute que cette pratique s’est banalisée alors que « ces individus ne sont pas conscients de la dangerosité de leurs actes et leurs répercussions sur la biodiversité ».
Notre interlocuteur a affirmé que la législation algérienne est claire soutenue par plusieurs lois pour règlementer la chasse et préserver les espèces protégées. « Tout est clair dans le décret exécutif n°12-235 du 24 mai 2012 fixant la liste des espèces animales non domestiques protégées qui sont celles réputées rares, en voie d’extinction ou dont les effectifs sont en nette régression. Selon la loi de chasse 04-07, les espèces animales protégées ne peuvent être ni chassées, ni capturées sur l’ensemble du territoire national.
La détention, le transport, l’utilisation, le colportage, la vente ou l’achat, la mise en vente ainsi que la naturalisation de ces espèces sont interdites », précise-t-il encore.
Le phénomène du braconnage n’est pas nouveau, devant le recul du nombre des espèces protégés comme le chardonneret élégant, l’application et la réactivation des lois sont devenues primordiales pour dissuader les contrevenants. «Il faut que les services concernés réagissent en appliquant des sanctions sévères contre ces individus pour permettre de lutter efficacement contre le braconnage et la vente des animaux sauvages protégés. La loi stipule que quiconque exerce la chasse ou autre action de chasse hors des zones et des périodes prévues par les dispositions de la présente loi est puni d’un emprisonnement de deux (2) mois à trois (3) ans et d’une amende de 50.000 dinars à 100.000 dinars. Pour celui qui chasse les espèces animales protégées ou les détient, les transporte, les colporte, les utilise, les vend ou les achète ou les met en vente ou les naturalise, est puni d’un emprisonnement de deux (2) à six (6) mois et d’une amende de 10.000 à 100.000 dinars. Mais ce qu’on voit sur le terrain est toute autre, la réalité est amère, et les lois doivent être appliqués rigoureusement, pour punir ces individus », rappelle le président de l’Association.
Un libre marché des animaux protégés
La biodiversité en Algérie est riche et compte 108 espèces de mammifères dont 53 espèces protégées et 13 espèces menacées de disparition, ainsi que 378 espèces d’oiseaux, dont 125 protégées et 7 menacées de disparition et 90 espèces de reptile dont 46 protégées et 3 menacées de disparition en plus 164 espèces de poissons et 20.000 espèces d’invertébré. Notre interlocuteur a affirmé que la protection de cette biodiversité doit être à la tête des priorités et des enjeux environnementaux. Il a dénoncé dans ce cadre, que des animaux protégés soit vendus au vu et au su de tout le monde dans des marchés comme M’dina J’dida et El Hamri à des prix dérisoires, par des individus sans scrupules et qui ne sont pas conscient de leurs actes. « Des rapaces, des hérissons, des tortues et des oiseaux son vendu quotidiennement dans le marché de M’dina J’dida et chaque semaine à El Hamri. Ils sont chassés illégalement dans les forêts ensuite revendus dans les marchés. Vous imaginez un animal sauvage protégé vendu à 4.000 DA. A force de s’habituer à ces pratiques, elles sont devenues courantes, alors que c’est interdit », s’indigne Chafillah Bennamar.
Ce dernier lance un appel aux citoyens pour contacter les services concernés au cas où un animal sauvage protégé est mis en vente. « Les citoyens peuvent contacter les services de sécurité et la conservation des forêts sur leurs numéros verts pour dénoncer ces ventes. Ce phénomène s’est propagé même dans les magasins de vente d’oiseaux où nous avons effectué, depuis 2018, une centaine d’interventions. Nous avons saisi des animaux protégés qu’on soigne avant de les relâcher dans la nature », explique-t-il.
A propos des opérations de repeuplement du chardonneret, ou des oiseaux sont relâchés périodiquement dans la nature, Chafiallah Benammar se montre « pessimiste » sur la réussite de ces actions. « Nous avons assisté récemment au relâchement de 650 chardonneret dans l’une des forêts d’Oran, mais une grande partie de ces oiseaux risque d’être chassé illégalement. C’est déjà une réussite si une centaine d’entre eux peuvent survivre dans la nature », appelant de nouveau à réactiver les lois pour permettre de lutter efficacement contre le braconnage.
Dangers sur la biodiversité
Le président de l’association « Chafiallah » a tenu également à alerter sur le risque qui plane sur les forêts d’Oran à cause du recul du nombre des espèces d’oiseaux comme le chardonneret, la mésange et le serin cini. « Ces oiseaux sont prédateurs des pucerons, chenille proportionnelle et la scolyte qui menacent les arbres dans ces forêts. Leur absence va entraîner la multiplication de ces insectes et beaucoup d’arbres vont finir par mourir, ce qui va entraîner le recul de la superficie des forêts ». Pour lui, la première ligne de défense est une lutte efficace contre la chasse illégale avec, notamment, des amendes sévères pour dissuader ces individus. Le recul du nombre de ces oiseaux entraîne également un décalage dans la chaine alimentaire et met en péril la biodiversité dans les forêts » conclu-t-il.
Commerce florissant
Le commerce des oiseaux notamment du chardonneret élégant à Oran est pratiqué par plusieurs passionnés à Oran. Même si il s’agit d’une espèce protégé dont le commerce est interdit, nombreux sont ceux qui semblent ne pas se soucier de ce détail, ne donnant aucune importance à cette interdiction. La commercialisation de ces oiseaux en cage se fait même sur les réseaux sociaux. Le chardonneret élégant est très prisé par les passionnés des oiseaux d’ornement et de chant. Selon Mohamed qui fait commerce de cette espèce, en dehors de ses heures de travail, les clients ne manquent pas alors que l’offre n’est pas conséquente. « Actuellement, le prix d’un oiseau peut dépasser les 40.000 DA, voire plus », explique-t-i ajoutant qu’une fois, il avait cédé un oiseau à 100.000 DA. Interrogé sur l’interdiction de ce commerce, Mohamed reste très confiant. « Plusieurs passionnés font le commerce du chardonneret, soit élevé en cage ou chassé dans la nature. Ce commerce existe depuis plusieurs années et me permet de gagner entre 2.000 et 5.000 DA par pièce. Il m’arrive même de vendre sur Facebook et j’ai des clients aussi bien à Oran que dans d’autres wilayas.
Mohamed ne compte pas s’arrêter là puisqu’il espère construire une sorte de volière chez lui pour un élevage artisanal de chardonneret en vu de leur commercialisation. « J’ai commencé depuis mon jeune âge, c’est ancré en moi. Ces oiseaux sont comme mes enfants », avoue-t-il.
En attendant une véritable réaction des services concernés pour protéger ces espèces, il semble que faire face à la chasse illégale du chardonneret et son commerce demeure une mission difficile. Il s’agit d’une tradition est une passion de père en fils et d’une activité interdite par la loi mais tolérée par la société.
H.B
