Affaire Legacy Luxury Hotel : Sept ans de prison pour profanation du drapeau national

Moins de soixante-douze heures après la diffusion d’une vidéo qui avait mis le pays en émoi, le tribunal de Bir Mourad Raïs a rendu, lundi 8 juin, un verdict sans appel : sept ans d’emprisonnement ferme avec mandat de dépôt pour les deux individus poursuivis pour profanation volontaire de l’emblème national.
La rapidité de la procédure – comparution immédiate, jugement rendu le jour même – traduit la gravité avec laquelle les autorités ont traité cette affaire dès ses premières heures.
Les faits remontent au soir du vendredi 5 juin. Lors d’une soirée organisée par l’agence de communication Skytok au sein du Legacy Luxury Hotel, établissement de standing niché dans la commune huppée de Hydra, sur les hauteurs d’Alger, le drapeau national avait été étalé à même le sol dans le hall de l’hôtel, portant l’inscription « Gloire à nos martyrs », exposé au piétinement constant des invités. Les images, immédiatement virales sur les réseaux sociaux, avaient suscité une vague d’indignation nationale.
L’enquête diligentée par la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Sûreté nationale a permis d’identifier et d’interpeller deux suspects. Le premier, le tiktoker Khamer Abderrahmane, avait organisé l’événement dans le cadre d’une compétition réunissant des utilisateurs de la plateforme ; c’est lui qui a été filmé en train de piétiner le drapeau. Le second, Ablila El Mehdi Sami, est celui qui avait placé l’emblème à même le sol lors des préparatifs. Les deux hommes ont été confondus à la fois par les témoignages des personnes présentes et par les enregistrements des caméras de vidéosurveillance de l’hôtel.
Poursuivis sur le fondement de l’article 160 bis du Code pénal – qui punit de cinq à dix ans d’emprisonnement quiconque profane publiquement et volontairement l’emblème national -, ils ont été reconnus coupables et condamnés à sept ans ferme.
Sur le plan administratif, la réponse avait été tout aussi foudroyante. Dès le samedi 6 juin, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Houria Meddahi, a dépêché une commission d’enquête sur place, présidée par l’inspecteur général du ministère et la directrice du tourisme de la wilaya d’Alger. Au terme de ses travaux, la fermeture immédiate de l’établissement et le retrait définitif de son autorisation d’exploitation ont été prononcés. La direction de l’hôtel – 126 chambres, positionnement haut de gamme – avait pourtant publié dès le vendredi un communiqué contestant toute profanation intentionnelle en son sein. Cette mise au point n’a pas infléchi la décision ministérielle d’un iota.
L’affaire n’est pas sans précédent dans les annales judiciaires algériennes. En 2010, un incident survenu à Annaba – impliquant la déchirure du drapeau national et son remplacement par le tricolore français – avait conduit à la condamnation de dix-huit individus à des peines allant de deux à huit ans de prison ferme, assorties d’une amende d’un million de dinars chacun. Le verdict de cette semaine s’inscrit dans cette jurisprudence constante, mais avec une sévérité accrue qui reflète la tolérance zéro désormais affichée par les autorités face à toute atteinte aux symboles de l’État. Le ministère du Tourisme a d’ailleurs saisi l’occasion pour adresser un avertissement clair à l’ensemble de la profession hôtelière, réaffirmant qu’aucun comportement susceptible de porter atteinte aux symboles nationaux ne sera toléré, sous peine de l’application immédiate des procédures légales.
T. Feriel

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