Alors qu’Alger a refusé d’y participer : Echec cuisant du sommet du Caire sur Ghaza

Le sommet du Caire consacré au conflit à Ghaza s’est achevé samedi sans accord sur un arrêt des violences, en l’absence de représentants israéliens ou américains, les dirigeants arabes condamnant les bombardements de l’Etat hébreu sur Ghaza et les Européens se bornant à appeler à préserver les civils.

L’Egypte, qui avait pris l’initiative de cette réunion, espérait que les participants s’entendraient pour lancer un appel en faveur de la paix et pour relancer les efforts, vains depuis les accords d’Oslo de 1993, en vue de la création d’un Etat Palestinien.
Deux semaines après l’attaque meurtrière de la Résistance palestinienne dans le Sud d’Israël, sans précédent depuis la création de l’Etat hébreu en 1948, et le blocus complet de la bande de Ghaza (en vigueur depuis 2008) soumise à une campagne ininterrompue de bombardements aériens qui ont fait plus de 4.400 Martyrs, les responsables présents au Caire n’ont pu s’entendre sur un communiqué commun. Les diplomates des pays représentés n’attendaient guère de percée lors de cette réunion alors qu’Israël fait planer la menace d’une intervention terrestre imminente dans la bande de Ghaza.
Pour sa part, le roi Abdallah de Jordanie a dénoncé ce qu’il a qualifié de silence mondial sur le sort des 2,3 millions d’habitants de Ghaza et a réclamé une approche impartiale du conflit israélo-palestinien, alors que les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ont exprimé leur soutien inconditionnel à l’entité sioniste depuis le 7 octobre. « Le message qu’entend le monde arabe est qu’une vie palestinienne compte moins qu’une vie israélienne », a-t-il dit.
Mahmoud Abbas a déclaré, de son côté, que les Palestiniens ne seraient pas déplacés ou expulsés de leurs terres. « Nous ne partirons pas, nous ne partirons pas », a-t-il insisté lors de ce sommet.
Alors que de premiers camions d’aide humanitaire sont arrivés samedi dans la bande de Gaza via l’Egypte, la France a prôné l’instauration d’un couloir humanitaire susceptible de déboucher sur un cessez-le-feu.
« Dans les tout prochains jours, il sera primordial d’éviter l’escalade, qui peut mener à l’embrasement de la région », a dit Catherine Colonna. « (Nous) devons assumer cette responsabilité collective de savoir retrouver le chemin de la paix. » La Grande-Bretagne et l’Allemagne ont appelé l’armée israélienne à la retenue et l’Italie a souligné l’importance d’éviter toute escalade du conflit.
Le sommet s’est déroulé avec un faible niveau de représentation, en présence des présidents égyptien Abdelfatah Al Sissi et palestinien Mahmoud Abbas, du secrétaire général des Nations-Unies Antonio Guerres, du roi de Jordanie, du président du Conseil européen Charles Michel et de l’émir du Qatar. Les autres chefs d’État conviés, tant arabes qu’occidentaux, se sont fait représenter pour la plupart par leurs ministres des Affaires étrangères.
Le sommet s’est terminé sur un échec retentissant à cause des pays occidentaux dont les représentants se sont déplacés au Caire pour défendre l’Etat sioniste. Ils ont réclamé l’inscription dans le communiqué final d’une condamnation claire des attaques du Hamas et un appel à la libération de quelque 200 otages israéliens détenus par le mouvement palestinien. Ce que les pays arabes ont refusé, selon l’AFP.

Le niet d’Alger

Une source de la présidence algérienne avait justifié la décision de ne pas donner suite à l’invitation égyptienne à assister à ce sommet par des « désaccords profonds sur les moyens mis en œuvre pour le règlement de la question palestinienne ».
Selon la même source le Chef de l’État algérien « a reçu, officiellement, une invitation de son homologue égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, pour prendre part à ce rendez-vous devant ouvrir le débat sur les moyens de relancer le processus de paix à l’arrêt depuis des années ».
Abdelmadjid Tebboune a décidé de décliner l’invitation sur fond de « désaccords profonds sur les moyens mis en œuvre par la communauté internationale, et particulièrement certains acteurs régionaux pour le règlement de la question palestinienne », a affirmé la même source qui a requis l’anonymat.
L’Algérie avait également émis des réserves sur la déclaration finale de la réunion arabe d’urgence sur la situation en Palestine, tenue le 12 octobre dernier dans la capitale égyptienne. Lors de cette rencontre du Conseil de la ligue arabe, la délégation algérienne a émis des réserves sur les résultats de la déclaration finale, qui exigeait « une cessation immédiate de la guerre israélienne dans la bande de Ghaza » et condamnait « les massacres de civils des deux côtés ».
« L’Algérie se distancie de tout ce qui assimile le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination pour établir un État souverain sur la base des frontières de 1967, aux pratiques de l’entité sioniste qui viole les chartes et les résolutions de la légitimité internationale », est-il mentionné dans la note écrite à la fin de ladite déclaration.
Dans son discours à cette occasion, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, qui avait appelé à dénoncer « les deux poids, deux mesures dans les relations de la communauté internationale avec la cause palestinienne ».
En octobre 2022, rappelons-le, une Conférence d’unification des rangs palestiniens s’est tenue à Alger, où le président Tebboune avait affirmé que l’Algérie « jouit de toute la crédibilité » pour pouvoir réconcilier les différentes factions, étant « le seul pays qui n’a pas de calculs étroits à ce propos, de même qu’il se tient aux côtés de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en tant qu’unique représentant légitime du peuple palestinien ».
« Sans unité et sans unification des rangs, l’indépendance de la Palestine ne saurait être réalisée », avait-il déclaré.
R.N.

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