Relations algéro-françaises : Paris souffle le chaud et le froid
Alors que les relations franco-algériennes traversent une nouvelle zone de turbulences, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a mis en garde contre l’usage de la méthode du « bras de fer » avec Alger, dans un entretien accordé au Parisien.
Cette déclaration intervient quelques jours après l’adoption à l’Assemblée nationale d’une résolution portée par le Rassemblement national, visant à dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, qui encadre notamment les conditions de séjour et de circulation des ressortissants algériens en France.
Nuñez a critiqué cette approche, affirmant que « ceux qui font croire aux Français que le bras de fer et la méthode brutale sont la seule solution, la seule issue, se trompent. Ça ne marche pas, dans aucun domaine ». Il a également regretté « les conditions dans lesquelles s’est déroulé ce vote », soulignant que cette posture a conduit à une rupture du dialogue avec Alger, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires.
Depuis le printemps dernier, et selon la version officielle française, l’Algérie refuse de réadmettre ses ressortissants en situation irrégulière, entraînant une chute significative des expulsions : 500 éloignements forcés ont été réalisés à fin octobre 2025, contre 1 400 sur la même période en 2024. Les centres de rétention administrative sont désormais saturés, avec 40 % des places occupées par des ressortissants algériens, d’après toujours le locataire de Beauvau.
Pourtant, le successeur de Bruno Retailleau reste optimiste, évoquant des « signaux » d’une amélioration des relations bilatérales. « Le ministre de l’Intérieur algérien m’a récemment écrit pour m’inviter », a-t-il annoncé sans toutefois préciser la date de cet échange.
Le départ du précédent ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, partisan d’une ligne plus ferme, avait cependant ouvert la voie à de premiers échanges entre Paris et Alger. Mais la récente résolution parlementaire remet en cause cette fragile reprise du dialogue. L’accord franco-algérien signé six ans après la fin de la guerre d’Algérie, crée un régime d’immigration favorable pour les Algériens, qui n’ont pas besoin de visa spécifique pour rester plus de trois mois dans l’Hexagone et accèdent plus rapidement que les autres étrangers aux titres de séjour pour 10 ans, y compris dans le cadre du regroupement familial.
Nuñez confiant
Ce climat tendu est également alimenté par la question mémorielle, revenue au cœur du débat public. En effet, le ministre français des Transports, Philippe Tabarot a affirmé, sur le plateau de CNews le 24 octobre dernier, que « la France n’avait pas à s’excuser du passé, ni du présent » en évoquant la période coloniale en Algérie.
Militant du parti de Retailleau, il a également exprimé son détachement à l’égard d’une diplomatie fondée sur la «repentance historique », plaidant pour une approche centrée sur la « clarté » et la «souveraineté nationale ». Bien que chargé des Transports, il a justifié son intervention au nom de la dimension structurante de la question mémorielle pour les relations internationales.
La controverse a pris une autre tournure lorsque fut rappelée la filiation du ministre : son père, Robert Tabarot, fut l’un des dirigeants de l’Organisation armées secrète (OAS) à Oran durant la guerre d’Algérie. Le député de la France Insoumise, Thomas Portes a dénoncé ce qu’il considère comme une continuité idéologique : « Philippe Tabarot est le fils de Robert Tabarot … La colonisation, pour lui, c’est une affaire de famille. »
Cette nouvelle provocation intervenait alors que les relations bilatérales entre Paris et Alger, déjà fragilisées par une série de crises diplomatiques à l’été 2024, tentaient de se stabiliser, mais c’était avant l’adoption de la résolution de l’extrême droite. En effet, si cette sortie médiatique remettait en cause les efforts de rapprochement mémoriel, notamment ceux impulsés par Macron, elle s’inscrit en porte-à-faux avec les déclarations de Nuñez qui avait appelé à reprendre le dialogue avec Alger notamment sur le plan sécuritaire.
Dans ce contexte, les tensions diplomatiques entre Paris et Alger semblent s’inscrire dans une logique de durcissement, où les enjeux migratoires, sécuritaires et mémoriels s’entremêlent, rendant toute sortie de crise plus complexe.
Saïd Oussad
