Sallah Laddi, réalisateur de Dans l’ombre d’une guerre, à Algérie Presse: L’acte de piraterie qui a changé le cours de l’Histoire
Entretien réalisé par SAID OUSSAD

Algérie Presse : Comment peut-on résumer l’histoire de ce film documentaire sur un sujet aussi sensible ?
Sallah Laddi : Je ne pense pas que le sujet de ce documentaire soit sensible, je dirai que cette page de l’histoire de la guerre d’Algérie a été utile dans la compréhension de certains faits. En tant que réalisateur, je me trouvais face au tout premier détournement de l’histoire de l’aviation civile commis par l’État français, avouez qu’il y a matière à récit cinématographique. A la sortie du film, le journal Le Monde titrait son article par Le détournement de l’Histoire. Dans l’ombre d’une guerre explique que la guerre d’Algérie aurait pu prendre fin deux ans après l’insurrection de Novembre 1954. Les quatre Chefs historiques basés au Caire ont quitté Rabat au Maroc pour Tunis où devait se tenir une réunion chargée de proposer une alternative à la guerre en Algérie. Mais les services secrets français, en charge de la surveillance de ces dirigeants, imaginent une tout autre issue au vol du DC-3 qu’ils détournent vers Alger. Cet acte de piraterie mettra fin à des négociations secrètes entre le FLN et le gouvernement français. La guerre durera six ans de plus, six ans de trop.
Comment vous est venue l’idée de le réaliser ?
Ce n’est pas moi qui a eu l’idée de ce film, je ne savais même pas que les Chefs historiques étaient prisonniers au Fort Liédot ; à quelques kilomètres de ma ville de résidence en France ; c’est mon producteur qui m’en a parlé une première fois en 2005. Je me souviens lui avoir répondu que c’était une très bonne idée, mais que je n’avais à ce moment là aucune information pour alimenter ce récit. Il aura fallu attendre près de dix ans pour qu’on me fasse savoir qu’un fond d’archives sur les prisonniers du Fort Liédot était consultable. Avec ce matériel historique, je pouvais enfin me mettre à l’écriture du film, aidé par une historienne algérienne, Linda Amiri.
Est-ce que vous avez rencontré des problèmes lors de sa réalisation. Si oui, de quelle nature étaient-ils ?
Je n’ai rencontré aucune difficulté dans la réalisation de ce film, bien au contraire, moi qui était à des années-lumière de ce conflit, j’ai appris grâce à des rencontres fabuleuses de témoins qui ont vécus cette période ou d’historiens prolifiques qui m’ont fait découvrir une part de mon histoire oubliée. J’espère que les futurs spectateurs algériens prendront autant de plaisir à découvrir cette histoire que moi j’en ai eu à la faire.
Quels étaient les premiers retours sur ce film documentaire ?
Le premier mot qui me vient à l’esprit est « le mot consensus ». La presse française à, dans sa globalité, accueillie le film avec une bienveillance et un intérêt certain car beaucoup ne connaissaient pas l’épisode de ce détournement et de ses conséquences. En Algérie, ce film a été diffusé lors d’un Festival à Mostaganem et à ma grande surprise le public algérien connaissait l’histoire de ce détournement ! Je me souviens également des retours positifs de la salle et surtout d’une dame après la projection du film qui nous exprimait son sentiment d’apaisement. Le documentaire Dans l’ombre d’une guerre porte en lui, enfin je l’espère, un réel respect, une honnêteté et une objectivité nécessaire à ce genre de récit.
Est-il évident de diriger des comédiens sur un film documentaire ?
Les comédiens que ce soit sur un film de fiction pur ou d’un documentaire de fiction se préparent de la même manière pour incarner leur personnage. Lors de la préparation de ce film, j’ai été surpris du nombre de comédiens algériens vivant en France, en Algérie ou au Canada qui ont souhaités endosser le costume des Chefs historiques. Ce fût un réel plaisir que de travailler avec eux. La fiction donne à un récit documentaire ce supplément d’âme nécessaire pour susciter l’émotion.
Pensez-vous que la Révolution du 1er Novembre 1954 mérite davantage de visibilité sur les plans scéniques et fictionnels ?
En tant que réalisateur, ma réponse est toute indiquée bien entendu, le cinéma est un média indéniable pour la transmission de l’information, de l’émotion et de l’éducation. Avec le temps et l’expérience, on sait ce qui marche et ce qui ne marche pas en terme de production. J’ai écrit une suite à Dans l’ombre d’une guerre intitulée Le nerf de la guerre qui raconte sur le même principe, comment les Algériens ont pu financer leur Révolution à partir du sol français, un fait unique dans l’histoire des guerres. Le film a été présenté à la télévision française, le scénario les a intéressé, mais ils ont souhaité confier la réalisation à un de leurs réalisateurs français. J’ai été choqué par ce retour et je leur ai fait savoir que nous avions autant de talents et de compétences pour raconter nos propres histoires.
S.O
