Ce que j’en pense: Est-ce enfin arrivé ?

>> Par H. Yousria

« It finally happend » (« C’est enfin arrivé »), une tendance qui a enflammé les réseaux sociaux depuis trois jours, une vague de publications célébrant la mort d’Henry Kissinger, connu pour ses penchants belliqueux et ses crimes de guerre, survenue naturellement à l’âge de 100 ans. Ce soulagement est palpable pour ceux qui ont subi les horreurs engendrées par sa politique. Pourtant, cette célébration, si compréhensible, laisse un arrière-goût amer. Le goût de notre incapacité à servir la justice, à reconnaitre les crimes et à lutter pour la vérité. C’est un chapitre de plus dans le livre de l’humanité, un chapitre marqué par notre échec récurent à chaque épreuve.
Et alors que le monde s’embrase de célébrations de la fin de Kissinger, les médias rapportent sa disparition avec des termes choquants ; « grande figure diplomatique controversée ». Sa vie empreinte de tranquillité, prend fin sans que la justice ait eu l’occasion de le confronter, un être dont le nom est écorché par l’infamie, mais dont les actions, pourtant bien documentées sont réduites à de simples débats. Les conséquences dévastatrices de ses politiques sont encapsulées dans un mot : « controversé ».
Plus troublant encore, les déclarations de dirigeants, tels que Macron, qualifiant ce criminel de «géant de l’histoire » qui témoigne que trop souvent, la conscience collective se heurte à la pénible réalité, que l’histoire est détournée par les récits des vainqueurs, dénaturant la vérité brute, laissant derrière elle une version altérée des évènements.
Est-ce enfin arrivé ? Ou bien le fardeau de l’impunité continue à peser lourdement sur les épaules de l’humanité ? On dit souvent que sans mémoire, les êtres-humains restent incomplets destinés à reproduire l’histoire, mais il semble que nous ayons besoin de bien plus que la mémoire, car lorsque les horreurs demeurent sans conséquences, l’histoire se répète inlassablement ; nous avons besoin de justice, nous avons besoin de bien plus que la justice, mais par-dessus tout d’une volonté inébranlable pour défendre la vérité, sans être déviée par les intérêts et les ambitions de domination.
Est-ce enfin arrivé ? Aujourd’hui, alors que la trêve a pris fin à Ghaza et qu’Israël reprend son génocide, nous réalisons que Kissinger n’est pas mort, que sa disparition n’efface pas son héritage. Tant que nous n’aurons pas déraciné ce qu’il incarnait, il continuera à nous hanter dans notre multitude grandissante, il continuera à nous hanter, à travers nos millions d’échos.

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