Collecte de sang : Cette « fausse » rumeur qui compromet les dons

Selon Karim Lalaoui, responsable du Centre de Transfusion Sanguine (CTS) à l’EHU 1er Novembre, son service coordonne l’activité de cinq établissements publics de santé et 14 cliniques du secteur privé dans la wilaya d’Oran. Au-delà de ses frontières, il répond aux appels urgents des établissements sanitaires des wilayas voisines telles que Sidi Bel Abbes, Mostaganem, Tlemcen, Relizane, et Mascara, en assurant un approvisionnement rapide en sang et produits sanguins essentiels. Il souligne que bien que les demandes extérieures ne soient pas fréquentes, le CTS se tient prêt à répondre à tous les besoins à travers un approvisionnement en sang constant. Aussi, l’unité de prélèvement du CTS fonctionne 7 jours sur 7, facilitant la participation des donneurs actifs qui ne peuvent se rendre disponible en semaine. Le personnel assure le service jusqu’à 16 ou 17 heures, veillant à ce que tous les donneurs soient pris en charge, assure notre interlocuteur.
Une caractéristique unique du CTS de l’EHU est que 80% de ses donneurs quotidiens sont des donneurs – contrepartie, principalement des parents ou proches de patients hospitalisés nécessitant une intervention chirurgicale ou une transfusion sanguine. Cette composante essentielle permet de conserver le stock pour les services des urgences. En parallèle, le CTS organise régulièrement des campagnes de collecte de dons de sang en collaboration avec la faculté de médecine, des associations, des clubs de sport et d’autres partenaires. Les opérations de collecte s’étendent sur tous les jours de la semaine, avec des initiatives ciblées telles que des collectes dans les mosquées le vendredi, touchant des donneurs potentiels.
Par ailleurs, un appel pressant à la solidarité est lancé par le CTS pour faire face à une diminution des dons de sang provenant des grandes entreprises, autrefois des partenaires clés dans l’approvisionnement. Dans le passé, les grandes entreprises étaient des piliers essentiels pour le CTS, organisant des campagnes de dons de sang tous les deux ou trois mois. Ces initiatives étaient capitales pour maintenir un stock suffisant de sang. Cependant, ces partenariats se sont affaiblis au fil du temps.
M. Lalaoui exprime sa déception quant à l’échec des tentatives pour reprendre contact avec les responsables des entreprises. Malgré ces défis, il se souvient de l’opération de collecte de sang majeure en collaboration avec la Sonatrach pendant les jeux méditerranéens d’Oran en 2022. Sur une période de 12 jours, 685 poches de sang ont été collectées, soulignant la portée positive des partenariats solides.

De moins en moins d’entreprises

Face au manque de donneurs, le CTS s’est tourné vers les lieux publics pour atteindre un maximum de citoyens. Toutefois, les résultats demeurent inférieurs aux objectifs fixés. M. Lalaoui souligne le besoin d’une communication plus efficace et d’une sensibilisation accrue sur les avantages du don de sang, non seulement pour sauver des vies mais aussi pour la santé des donneurs eux-mêmes.
Il insiste sur les nombreux bienfaits du don de sang pour le donneur lui-même. Outre le noble acte de sauver des vies ou de soulager la souffrance des malades, le donneur bénéficie d’une consultation médicale approfondie et d’un bilan sanguin. Ce processus permet souvent de détecter des pathologies à un stade précoce, facilitant une prise en charge immédiate et potentiellement la sauvegarde de vies.
Par ailleurs, la chaîne d’approvisionnement en sang dans les établissements de santé d’Oran est encadrée par des conventions entre le ministère de la Santé et l’Agence nationale de don de sang, mais des rumeurs persistantes de « vente de poches de sang » nuisent à la confiance du public et entravent les efforts de collecte de sang, a expliqué le même responsable.
Il existe une convention entre le ministère de la Santé et l’Agence nationale de don de sang, garantissant la transparence et la légitimité des approvisionnements en sang dans les établissements de santé. De plus, l’EHU et le CHUO ont établi des conventions similaires avec des cliniques du secteur privé, renforçant ainsi la coopération dans la chaîne de soins.
Les tarifs pour le traitement des poches de sang et des produits sanguins ou plaquettes sont officiellement fixés par un arrêté ministériel. Cependant, selon le directeur du CTS, les informations incluses dans ces conventions ne sont pas toujours communiquées de manière adéquate par les cliniques privées aux proches des patients, d’où la confusion.
M. Lalaoui explique que cette absence de communication entraîne la propagation d’une rumeur infondée de « vente de poches de sang ». Selon lui, les cliniques privées fournissent aux proches du patient un bon de commande et un rapport médical, mais les clauses de la convention ne sont pas toujours expliquées clairement. Les proches du patient sont invités à payer pour la prestation liée au traitement du sang, à la poche et au consommable, mais pas pour le sang lui-même. Cette situation a conduit à des malentendus et à la propagation de la rumeur.
Cette rumeur a des conséquences graves sur la collecte de sang. Même les donneurs habituels, influencés par cette fausse information, demandent souvent à voir le patient avant de faire un don. Cette situation est particulièrement préoccupante lorsque des patients évacués de régions voisines arrivent à l’EHU sans avoir de proches sur place pour donner leur sang. Le directeur du CTS appelle, à ce propos, les cliniques privées à fournir toutes les informations nécessaires aux proches des patients pour éviter tout malentendu.

Davantage de transparence

Les collectes de sang organisées par le CTS sont principalement destinées à alimenter en urgence les services médicaux et chirurgicaux, la maternité, ainsi que les services d’oncologie et d’hématologie. Ces secteurs prioritaires dépendent largement des poches collectées lors de ces campagnes. Pour les cas non urgents, les proches des patients sont sollicités pour ramener des donneurs, permettant ainsi de gérer et de maintenir le stock du CTS, confronté fréquemment à une forte demande.
M. Lalaoui a salué la coordination exemplaire entre les différents établissements de santé d’Oran, y compris l’EHU, le Centre Hospitalo-universitaire d’Oran (CHUO), le Centre Anti-Cancer Emir Abdelkader, l’Établissement hospitalier Spécialisé en Pédiatrie Pr Boukhrofa Abdelkader (Canastel), et l’Hôpital Régional de la sûreté nationale à Oran (l’Hôpital de Police). En cas d’urgence, une alerte rapide est transmise à travers tous les CTS de ces hôpitaux pour fournir le sang nécessaire. Le O négatif, donneur universel, est utilisé en dernier recours en cas de rare non-disponibilité.
En vue de surmonter les périodes difficiles, le CTS organise des campagnes de collecte en collaboration avec les mosquées, les clubs sportifs, les grandes entreprises et les corps constitués. Des portes ouvertes sont également programmées pour informer les citoyens sur les avantages du don de sang, les procédures à suivre, et rassurer sur les conditions d’hygiène et de prise en charge. Et face à ce défi, M. Lalaoui lance un appel pressant aux associations pour jouer un rôle important dans l’information et la sensibilisation des citoyens sur l’importance du don de sang. Les associations œuvrant dans le domaine de la santé sont invitées à coordonner avec les CTS, bénéficiant de tous les moyens nécessaires pour organiser des opérations de collecte de sang. La collaboration active de la société civile est essentielle pour garantir un approvisionnement continu en sang et sauver des vies.
Pour assurer la sécurité des transfusions, l’EHU adopte des tests avancés pour évaluer la qualité des poches de sang collectées. Ces tests, mis en œuvre par l’Agence Nationale de Sang, renforcent la fiabilité des approvisionnements en sang et permettent de fournir des produits sanguins de meilleure qualité, notamment pour les patients atteints de maladies graves telles que le cancer.
Depuis 2008, quatre tests essentiels – HIV (Sida), HBS (Hépatite B), HBC (Hépatite C), et le TPHA (Syphilis) – étaient effectués sur les poches de sang collectées. En août dernier, l’Agence Nationale de Sang a introduit un cinquième test, le test anticorps HPC, permettant de détecter l’absence d’infection récente ou ancienne par le virus de l’hépatite B. Cette mesure vise à éliminer les poches de sang contaminées et à garantir une qualité optimale des produits sanguins destinés aux patients.
Avant l’introduction du test anticorps HPC, 7 à 8 poches de sang étaient éliminées chaque mois, principalement en raison des tests révélant la présence d’hépatite chez les donneurs. Actuellement, grâce à ce test avancé, plus de 12 poches sont éliminées quotidiennement sur les 60 à 80 collectées.
Selon les données de la direction du CTS de l’EHU, de janvier à octobre 2023, 15 337 poches de sang ont été collectées auprès de 20 100 donneurs, dont 3 311 femmes et dans l’optique de consolider ses réserves et d’être mieux préparé pour répondre aux urgences, le Centre s’est engagé, à partir de 2024, à collecter 30 000 poches par an et augmenter son stock actuel de 400 poches à un total de 500 poches grâce à l’intégration de nouveaux équipements.

 B. Bakhta

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