Crise entre Alger et Paris: Les réactions se multiplient

La prise de position formulée par le président français Emmanuel Macron sur «la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental» qui a crispé les relations entre Alger et Paris, continue de susciter des réactions en Algérie mais aussi en France.
Dans une déclaration faite hier lors d’une conférence de presse au siège du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf, a considéré que les propos d’Emmanuel Macron constituaient «un cadeau de celui qui ne possède pas à celui qui ne mérite pas». Rappelant la position ferme de l’Algérie dans ce dossier (qui a notamment conduit au rappel de son ambassadeur à Paris, ndlr) il a ajouté que «considérer le plan d’autonomie marocain comme la seule et unique solution à la question du Sahara occidental revient à écarter tout effort visant à trouver une solution alternative à cette question, conformément aux résolutions internationales, notamment celles du Conseil de sécurité à l’élaboration et à l’adoption desquelles la France a participé». Ce que le porte-parole du Secrétaire général des Nations-unies, Stéphane Dujarric, avait, justement, déclaré la veille aux médias mardi à New York. «Les efforts des Nations unies concernant la résolution du conflit au Sahara occidental se poursuivront conformément aux résolutions du Conseil de sécurité», avait-il indiqué, mettant le président français en porte-à-faux avec les résolutions des Nations Unis sur la question du Sahara Occidental.
De son côté, l’Assemblée populaire nationale a dénoncé, mercredi dans un communiqué, le soutien de la France au plan colonial marocain dans le cadre de la prétendue souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental. «L’APN (…) condamne fermement cette décision frivole et irréfléchie, à rebours des efforts onusiens visant à régler ce conflit dans le cadre de la légalité internationale pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination», a indiqué l’Assemblée en estimant que «par cette dérive grave et hasardeuse, le Gouvernement français bafoue toutes les lois et règles, se soustrait à ses responsabilités de membre permanent du Conseil de sécurité et légitime l’occupation d’un Etat membre fondateur de l’Union africaine».
L’UE rappelle sa position
Le FFS et le Mouvement El Bina ont également apporté leur soutien à la position de l’Algérie et sa décision de rappeler son ambassadeur dès que les propos du président français ont été rendus publics. «Par sa connivence avec le régime marocain sur le dossier sahraoui, non seulement la France bafoue le droit international et les résolutions des Nations unies, mais elle se fait la complice de toutes les souffrances du peuple sahraoui à qui elle dénie le droit de disposer de lui-même», a notamment estimé le FFS.
L’Union européenne a également recadré le président français en indiquant, hier, que sa position reste inchangée. «L’UE maintient sa position commune de soutenir le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et son envoyé personnel pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, pour poursuivre le processus politique visant à parvenir à une solution politique juste, réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable à la question du Sahara occidental», a indiqué l’UE en insistant sur le fait que la solution doit être conforme aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Lundi dernier, le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Sidati, avait naturellement condamné le soutien apporté par la France au Maroc : «Ce positionnement hostile et dangereux fait fi du droit international applicable au Sahara occidental.
Ce qui ne sied sûrement pas à un pays de l’Union européenne, membre permanent de surcroît du Conseil de sécurité de l’ONU supposé garant de la paix et de la sécurité dans le monde», a-t-il notamment dénoncé dans un communiqué.
Pour le chef de la diplomatie sahraouie, «c’est l’occupation violente et illégale du Sahara occidental» que la France soutient.
En France, le positionnement de Macron a provoqué les foudres du Parti communiste français qui a accusé le chef de l’Etat français d’avoir «trahi la position historique et équilibrée de la France sur les résolutions des Nations Unies et les droits du peuple sahraoui». Avis partagé par les écologistes qui ont estimé qu’Emmanuel Macron est à l’origine d’un «fiasco international» et d’une crise diplomatique en plein été.
M. Nadir
