54.000 élèves se sont drogués au cours de ce 1er trimestre: Quand la drogue frappe à l’école

Selon les données communiquées, lors du colloque sur la drogue en milieu scolaire tenu, ce lundi au Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC), à Oran, 54.000 élèves à l’échelle nationale ont fait usage de substances psychotropes au cours du premier semestre de l’année en cours. Cependant, les mesures d’accompagnement n’ont touché qu’une fraction minime de cette population, avec seulement 518 élèves ayant bénéficié d’une prise en charge.
Organisé conjointement avec le Centre National d’Études, d’Information et de Documentation sur la famille, la femme et l’Enfance (CNEIDFFE), cet événement, intitulé « Dangers de la drogue en milieu scolaire : prévention et traitement », a mis en avant les défis capitaux liés à ce fléau.
Les intervenants ont exprimé leur inquiétude face à la persistance de la consommation de drogues malgré les campagnes répétées de sensibilisation et les efforts déployés à l’intérieur et à l’extérieur des écoles.
Par ailleurs, même si le colloque a mis en lumière les avancées notables de l’éducation en Algérie, les intervenants ont souligné la fragilité persistante des établissements éducatifs, du primaire au secondaire, face à une multitude de risques sociaux, parmi lesquels la toxicomanie, sous toutes ses formes, se détache comme une menace majeure.
Les participants ont également abordé les répercussions de la violence subie par le personnel enseignant au sein de l’environnement scolaire, précisant qu’elle découle directement des effets de la consommation de substances psychotropes sur le comportement des élèves.
Le deal gagne du terrain autour et dans les écoles
Les propos du Dr. Abderrahmane Foudil, directeur du CNEIDFFE, lors de ce colloque sur les dangers de la drogue, ont mis en évidence une réalité préoccupante : l’usage de drogues au sein du milieu scolaire ne se limite plus à des cas isolés, mais a évolué en un marché délibérément ciblé vers une catégorie de la société considérée comme mineure et encore peu consciente des dangers potentiels.
En s’appuyant sur les données du Département national de Lutte contre les Drogues et la Toxicomanie pour l’année 2022, le Dr. Foudil a souligné que plus de 3,33 % des adultes de moins de 15 ans et 33,17 % des adultes âgés de 16 à 25 ans sont actuellement en phase de traitement pour addiction. Ces chiffres alarmants équivalent à environ 700 jeunes de moins de 18 ans condamnés dans des affaires liées à la possession et à la consommation de drogues, une tranche d’âge prédominante dans le milieu scolaire à tous les niveaux.
« Il est impératif que les autorités nationales, les familles et la société dans son ensemble redoublent d’efforts pour sensibiliser et éduquer les jeunes sur les conséquences dévastatrices de la consommation de drogues, et ainsi inverser la tendance inquiétante qui gagne du terrain dans les nos écoles », a-t-il ajouté.
Impact sur la scolarisation des enfants
Dans son intervention, le Dr. Keltoum Berani a mis en lumière une étude portant sur les impacts de la consommation de substances psychotropes chez les jeunes. Cette recherche, réalisée sur un échantillon de 50 jeunes du cycle moyen et secondaire, a révélé les impacts dévastateurs de la consommation de substances psychotropes sur la performance scolaire et le bien-être personnel des élèves.
Les conclusions de cette étude soulignent des conséquences graves telles que l’isolement, l’inhibition, la perte d’acquis éducatifs, l’échec scolaire et même la déscolarisation, toutes liées à l’usage de ces substances. De plus, les violences à l’école semblent être une conséquence directe de cette consommation problématique.
Un des facteurs prédominants, selon le Dr. Berani, réside dans le manque de connaissance des élèves sur les effets néfastes de ces substances hallucinogènes. Cette méconnaissance pousse les jeunes à une curiosité expérimentale, souvent sous l’influence de pairs, les incitants à essayer ces substances chimiques synthétiques ou naturelles comme le hachich.
« Cette constatation souligne ainsi l’urgence d’une sensibilisation accrue et d’une éducation préventive adéquate au sein des établissements scolaires pour informer les élèves sur les dangers réels de ces substances, réduisant ainsi leur curiosité et leur susceptibilité à y recourir par expérimentation », a-t-elle conclu.
Bilan alarmant et appels à l’action
Lors de sa présentation sous le titre : « Usage de la drogue en milieu scolaire : réalité, prévention et traitement », le Dr. Meriem Djefal, enseignante à l’Université d’Oran, a mis en évidence une disparité inquiétante entre le nombre d’élèves consommateurs de substances psychotropes et ceux bénéficiant d’une prise en charge. En se référant aux données du bilan semestriel de l’Office national de Lutte Contre la Drogue et la Toxicomanie, elle a alerté sur le contraste saisissant : seulement 518 enfants sur 54 000 consommateurs ont reçu une assistance, pointant du doigt un manque capital sur les mesures instaurées par les pouvoirs publics dans le processus d’accompagnement.
En soulignant ces statistiques alarmantes, la spécialiste a mis en évidence l’urgence de mener des campagnes de sensibilisation massives, en particulier au sein des écoles, tout en plaidant pour une coordination renforcée entre différents organismes et autorités compétentes pour aborder efficacement ce problème grandissant.
Le Dr. Djefal a également mis en exergue une tendance croissante de l’addiction, en particulier chez les jeunes, notant leur réticence à rechercher de l’aide et à entamer un traitement. Elle a exprimé des préoccupations quant à la persistance du tabou entourant la santé mentale dans la société, suggérant la création de centres dédiés spécifiquement à la prise en charge des jeunes en dehors des établissements de santé mentale traditionnels. Cette initiative pourrait, selon elle, contribuer à surmonter les réticences des parents vis-à-vis des centres de lutte contre la toxicomanie. En insistant sur l’importance capitale d’une sensibilisation précoce et d’une intervention rapide, l’intervenante a souligné la nécessité d’agir promptement face à cette problématique pressante.
Coopération intersectorielle
La représentante du ministère de la Santé, Dr. El Alia Antar, a souligné l’engagement de l’État à fournir tous les moyens nécessaires pour la prise en charge des jeunes confrontés à la toxicomanie. Elle a précisé que de nombreux médecins spécialistes en addictologie sont actuellement en activité, tandis que d’autres sont en cours de formation pour renforcer les capacités d’intervention.
Dans ce cadre, elle a mis en avant l’exemple de la wilaya d’Oran, qui joue un rôle central en accueillant des patients de toute la région ouest du pays. Cette région dispose d’un service d’urgences psychiatriques au sein du CHU d’Oran, assurant une prise en charge immédiate des personnes en souffrance. Les patients sont ensuite orientés vers le service d’addictologie de l’EHS Sidi Chahmi, où ils bénéficient de consultations spécialisées et d’hospitalisations pour des cures de désintoxication. De plus, Oran compte deux CISA, des centres de prise en charge ambulatoire en addictologie situés à Akid Lotfi et Yaghmoracen, renforçant ainsi les infrastructures dédiées. 11 médecins addictologies sont en activité à Oran et une promotion de 32 autres est en formation.
La spécialiste a souligné l’importance de l’implication d’autres acteurs de la société, en particulier du secteur de l’Éducation, pour accompagner les élèves et leurs parents. Elle a insisté sur le fait que la prise en charge des jeunes utilisateurs de substances psychotropes implique à 90% la collaboration avec les parents. Cet appel à la coopération souligne la nécessité d’une approche holistique, impliquant tous les secteurs de la société dans la lutte contre la toxicomanie chez les jeunes.
En résumé, les participants ont souligné l’urgence de renforcer les campagnes de sensibilisation, d’accroître la prévention et de fournir un soutien adéquat aux élèves confrontés à ce phénomène. La nécessité d’une collaboration entre différents secteurs, notamment la santé, l’éducation et la société civile, a été clairement établie pour aborder ce défi croissant.
B Bakhta
