Santé publique : Gare aux sachets en plastique !

Dans les marchés, les échoppes de quartier et même les supermarchés d’Oran, les sachets en plastique noir sont omniprésents. Peu coûteux, pratiques, largement disponibles… ces emballages sont devenus une commodité incontournable pour les commerçants comme pour les consommateurs. Pourtant, derrière leur apparente banalité se cache une menace bien réelle pour la santé publique et l’environnement.
Ces sacs sont des dangers invisibles mais bien présents. Le plastique noir, souvent issu de matériaux recyclés de qualité médiocre, contient généralement du noir de carbone, un pigment qui donne cette couleur sombre au matériau. Ce composant libère des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des substances chimiques classées potentiellement cancérogènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC).
« Lorsqu’ils sont exposés à la chaleur, comme c’est souvent le cas lorsqu’on y place des aliments chauds, ces plastiques peuvent relâcher des produits chimiques dangereux dans les aliments », explique M. Mohieddine, un chercheur en toxicologie environnementale de l’Université d’Oran. La situation est d’autant plus préoccupante que ces sachets sont souvent utilisés pour emballer du pain, des fruits, des légumes, voire de la viande.
Au-delà des risques sanitaires, ces plastiques représentent une véritable catastrophe écologique. Non biodégradables, ils persistent pendant des centaines d’années dans l’environnement, se fragmentant en microplastiques qui contaminent les sols, les eaux et la faune. Ces particules, invisibles à l’œil nu, ont déjà été détectées dans l’eau potable, les poissons, voire le sel de table.
« Des études ont montré que l’exposition prolongée aux microplastiques pourrait provoquer des inflammations, des troubles neurologiques et même des problèmes de développement, particulièrement chez les enfants. À long terme, la chaîne alimentaire tout entière pourrait en être affectée », affirme M. Mohieddine. Face à ces enjeux, les associations environnementales oranaises montent au créneau. Elles plaident pour un changement des habitudes de consommation en faveur de sacs en tissu réutilisables, de sacs en papier ou de solutions biodégradables. « Il faut un vrai changement culturel. Il est temps de sortir de cette dépendance au plastique à usage unique », martèle une militante de l’association oranaise de protection de l’environnement.
Des campagnes de sensibilisation ont été lancées dans les écoles, les quartiers et même sur les réseaux sociaux, pour informer la population des dangers liés à ces plastiques et promouvoir des alternatives durables. D’ailleurs, sur le plan législatif, une taxe sur la production et l’importation des sacs plastiques à usage unique a été instaurée. Les fonds récoltés sont partagés entre le budget général de l’État (73%) et le Fonds national pour l’environnement et le littoral (27%), visant à financer des actions écologiques. Le gouvernement encourage également l’adoption de solutions alternatives, comme les sacs en tissu ou en matières biodégradables. Toutefois, l’application de la loi stricte reste un défi, et de nombreux commerçants continuent de distribuer des sachets en plastique noir en toute impunité. Pour espérer un réel changement, les experts s’accordent sur un point : il faut renforcer les contrôles, appliquer les sanctions prévues en cas de non-respect de la réglementation, et surtout impliquer les citoyens dans cette transition écologique.
G. Salima
