Brimades, vols, agressions physique et verbales… : Les tableaux noirs de la violence

La violence et le harcèlement en milieu scolaire sont tels qu’ils affectent la vie de nombreux élèves à travers le monde. Alors que l’école devrait être un lieu d’apprentissage, de croissance et de développement personnel, de nombreux élèves se retrouvent confrontés à des situations de peur, de stress et de souffrance émotionnelle en raison de la violence physique, verbale et psychologique qu’ils rencontrent.
L’école algérienne est également confrontée, ces dernières années, à une montée inquiétante de la violence. Des incidents divers, y compris des agressions contre des enseignants, ont été signalés à travers le pays. Certains membres du corps enseignant sont victimes d’agressions verbales et physiques de la part des élèves, tandis que des cas de conflits violents entre collègues sont également à déplorer dans certains établissements scolaires. Récemment, une enseignante du primaire aurait été agressée à l’arme blanche par son supérieur hiérarchique, mettant en lumière la gravité de la situation.
Dans la plupart des établissements scolaires, de nombreux élèves se retrouvent malheureusement confrontés à des actes de violence et de harcèlement perpétrés par leurs pairs. Ce problème persiste souvent dans l’ombre, les victimes craignant de s’ouvrir à leurs parents et aux autres par peur de jugement ou de représailles. Une directrice d’établissement du cycle moyen, qui a préféré garder l’anonymat, a confirmé cette triste réalité, en expliquant que les élèves auteurs de ces actes sont souvent eux-mêmes victimes de violences dans leur environnement familial ou social.
A titre d’exemple, elle a signalé qu’environ 5 à 6 incidents de ce type sont enregistrés chaque mois dans son établissement et que les chamailleries sont constatées presque quotidiennement. Un obstacle supplémentaire réside dans le manque de coopération des parents, qui adoptent souvent une attitude défensive, rendant ainsi plus difficile la prise en charge des élèves victimes ainsi que des auteurs de ces actes.
Cercle vicieux
Concernant la nature des violences observées, la responsable de l’établissement a révélé plusieurs formes de comportements violents, y compris des agressions verbales et physiques, de l’intimidation, des vols d’argent et de téléphones portables, voire même des attouchements sexuels. Les élèves issus de milieux défavorisés, notamment ceux dont les parents sont divorcés ou confrontés à des problèmes sociaux, sont particulièrement vulnérables aux moqueries et au harcèlement de la part de leurs camarades. Ces situations, loin d’être occasionnelles, peuvent évoluer en harcèlement moral, poussant souvent les victimes à réagir par la violence pour mettre fin à leur souffrance.
Elle a également observé que des bagarres éclatent fréquemment à la sortie des classes, surtout en fin de semaine, soulignant ainsi l’ampleur du problème. En ce qui concerne les procédures suivies en cas de violence ou de harcèlement, notre interlocutrice a expliqué que les élèves concernés sont pris en charge par la cellule d’écoute de l’établissement. Malheureusement, les orienteurs psychologiques en charge de ces cellules se heurtent souvent au manque de coopération des parents, qui sous-estiment parfois la gravité du comportement de leurs enfants ou refusent de reconnaître la réalité, ajoute-elle.
Pour remédier à cette situation alarmante, la directrice a lancé un appel aux parents pour qu’ils collaborent avec les professionnels de l’éducation afin d’assurer une prise en charge adéquate des élèves en difficulté et de mettre fin à ce phénomène préoccupant.
Le témoignage des élèves rencontrés aux abords d’établissements scolaires du Centre-ville d’Oran vont dans le sens de notre interlocutrice. Ainsi, des collégiens d’un CEM, situé dans un quartier populaire au cœur de la ville, ont rapporté que des bagarres éclatent souvent aux abords de l’établissement à la sortie des cours. Ils ont expliqué que ces conflits débutent généralement par des taquineries sur les vêtements ou la coiffure, puis dégénèrent en querelles sur des sujets intimes et familiaux, provoquant des rixes impliquant plusieurs élèves.
Des situations similaires ont été rapportées par des élèves rencontrés devant deux lycées également situés dans le Centre-ville. Ils ont également confirmé l’existence de bagarres aux abords des établissements scolaires, particulièrement l’après-midi à la sortie des classes.
Attouchements sexuels
Les élèves d’un des lycées les plus anciens et renommés d’Oran ont indiqué que chaque jeudi après-midi, des affrontements se produisent devant l’établissement. Ils ont expliqué que des élèves de CEM voisins provoquent des altercations dans le but de leur dérober des téléphones portables. La plupart des parents, en particulier ceux des filles, se sentent obligés d’escorter leurs enfants jusqu’à la maison pour éviter qu’ils ne soient agressés ou dépouillés de leurs biens.
Une mère, rencontrée devant le même lycée, raconte l’histoire de sa fille, élève de terminale, qui a été attaquée par cinq ou six autres élèves près de l’établissement scolaire. Tout a débuté lorsque sa fille a accidentellement bousculé une autre élève à la sortie des cours à midi, sans aucune intention de sa part. Malgré les explications de sa fille, l’autre élève a refusé de comprendre que c’était involontaire. Plus tard dans la journée, sa fille a été menacée dans la cour par une tierce élève se prétendant amie de la première. Cette dernière a proféré des menaces de violence à l’encontre de la victime et a mentionné l’idée de faire appel à des « hommes » pour la corriger. La mère raconte que sa fille n’a pas pris ces menaces au sérieux et n’a pas jugé nécessaire d’en parler à ses parents.
Le lendemain, dans la cour de récréation, les deux filles sont venues voir la victime pour lui dire qu’elles passaient l’éponge et lui pardonnaient. Mais sur le chemin du lycée, la victime et deux de ses camarades ont été intimidées par un groupe d’élèves, toutes des filles, dirigées par les deux filles ayant déjà menacé la victime. Elles les ont insultées et menacées, les suivant jusqu’au lycée. Une fois au coin de la rue, en face de l’établissement, elles ont attaqué et frappé la victime. Sa mère a pris les choses en main en déposant plainte auprès des services de police, un certificat médical attestant les coups et blessures, en main.
Avant de contacter les autorités de sécurité, elle a rencontré le proviseur du lycée qui lui a expliqué que l’incident s’est déroulé à l’extérieur de l’établissement, ce qui limitait son intervention. Elle déplore le fait que de nombreux parents ignorent ce que font leurs enfants à l’école et pensent tous qu’ils sont « des anges », sans se rendre compte des influences auxquelles ils sont exposés.
B. Bakhta
