Les principaux indicateurs de la notation souveraine – Deuxième partie
Par Dr Adda Guecioueur*

Il existe des agences de notation à caractère national, régional et international. Pour le premier groupe, et à titre d’exemples, nous pouvons mentionner la Japan Credit Agency et la Compagnie Française d’Assurance pour le Commerce Extérieur ou COFACE qui est bien connue dans les pays du Maghreb.
Pour le deuxième groupe, un des meilleurs exemples serait la Pacific Credit Rating (PCR) qui a été créée en 1993 au Pérou et a étendu son activité à d’autres pays latino Américains tels que la Bolivie (1998), l’Equateur (2000), le Panama (2001), Le Salvador (2002), le Costa Rica (2005) et le Guatemala (2010). Un deuxième exemple est la Capital Intelligence, basée à Chypre, et se spécialisant dans la couverture des pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) et plus précisément ceux qui ne sont pas couverts par les grandes agences internationales de notation.
Pour les pays Arabes, le Fonds Monétaire Arabe a créé en 1995, avec la coopération de la Banque Mondiale et de l’Agence de notation Fitchratings, l’Arab Rating Agency et qui devait, à son tour, créer trois agences régionales basées en Egypte, à Bahreïn et en Tunisie. Le projet s’est arrêté avec la création de la première, sous le nom de Nile Rating, et qui a été rachetée par FitchRatings par la suite.
Pour le troisième groupe, trois agences Américaines dominent le marché à savoir Standards & Poors plus connue comme S&P, Moody’s et FitchRatings. L’agence de notation Chinoise Dagong Global Credit Agency, créée en 1994, basée à Pékin, est la seule capable de rivaliser avec les trois agences Américaines précitées.
Les agences de notation sont très diverses en termes de taille, de conditions dans lesquelles elles opèrent et donc en termes de régulation et de juridictions auxquelles elles sont soumises et confrontées. Malgré quelques exceptions, elles sont privées et à caractère commercial et jouent un rôle important dans les marchés financiers internationaux modernes. Elles se situent entre l’investisseur, qu’il soit privé ou public, et le reste des acteurs du marché. Leur fonction principale et de facilitateur en permettant à l’investisseur de prendre la meilleure décision ou en termes anglo-saxon ‘informed decision’, ce qui implique transparence, crédibilité et disponibilité de l’information, pas uniquement les chiffres, en temps presque réel.
L’opération de notation résulte soit d’une institution ou d’un émetteur de titres financiers qui cherche à avoir une notation, en tant qu’institution, ce qui lui permet soit d’accéder au marché financier en tant qu’emprunteur, soit d’avoir une notation de son effet financier qui se traduirait par un taux d’intérêt moins élevé et par une plus grande liquidité dans le cas d’une note élevée. Dans ce cas, l’institution supporte les frais de l’opération de notation. Un deuxième cas serait l’agence de notation elle-même prenant l’initiative, dans le cadre de ses activités ou à la demande d’une tierce partie, pour noter une entité donnée.
Les systèmes de notation prennent en considération l’élément temps en ce sens qu’il existe une notation pour les effets de crédit à long terme et une autre pour les effets de crédit dont la maturité est le court terme. Il existe aussi une différence entre les instruments émis en monnaie locale ou en monnaies étrangères.
A quelques détails près, l’opération de notation suit le processus suivant :
Première étape : Après la requête ou la décision de notation, l’opération débute par un rapport initial qui consiste à dresser un profil de l’entité sur la base des données immédiatement disponibles à l’agence de notation au niveau de son country desk concerné.
Deuxième étape : Le rapport initial est développé en pré-analyse, c’est-à-dire dépassant l’opération primaire de collecte d’information ordinaire.
Troisième étape : Elle consiste en la collecte d’information à caractère financier mais aussi non financier pouvant avoir une incidence sur l’entité en question.
Quatrième étape : Formalisation de la mission de notation qui consiste à définir plus précisément les esquisses de la mission et de sélectionner les membres de la mission qui serviront d’interface avec le client.
Cinquième étape : Confection d’un questionnaire détaillé sur la base de l’information existante, qu’il s’agit de mettre à jour, et de l’information manquante mais vitale, à ce stade, pour entamer la mission de notation. Le questionnaire détaillé est envoyé à l’entité concernée.
Sixième étape : Après réception et étude du questionnaire, la mission se réuni avec le client. Cette réunion a lieu au siège de l’entité qui, de son côté, a formé sa propre mission et dont les membres sont sensés avoir répondu au questionnaire de l’agence de notation.
Septième étape : Analyse détaillée de la situation du client. Cette étape est très importante car elle consiste à analyser tous les éléments entre les mains de la mission. Le gros du travail de la notation se fait à ce niveau. A ce stade, la mission rédige un rapport préliminaire et fait une proposition de notation initiale et parallèlement à cela la mise à jour du rapport préliminaire continue avec la collecte des données les plus récentes et les plus pertinentes sur le client
Huitième étape : l’opération de notation est basée sur la collecte et l’analyse de l’information d’ordre quantitatif, calcul de ratios spécifiques, et qualitatif. A l’image des institutions internationales, telles que le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, les grandes agences de notation utilisent le système de ‘country desk’ c’est-à-dire le recrutement et la formation de spécialistes qui suivent quotidiennement un large portefeuille de clients spécifiques ou un groupe restreint de clients d’importance moyenne. Ce sont ces spécialistes qui sont appelés à fournir les plus importantes informations de dernière heure et qui peuvent faire basculer la décision de notation d’un côté ou de l’autre.
Neuvième étape : Sur la base des dernières informations additionnelles, la mission revoit ses conclusions et rédige son rapport pré-final et propose une notation qu’elle soumet au Comité de la Notation ou ‘Rating Committee’.
Dixième étape : Le Comite de notation qui n’est pas spécifique au client car il est responsable de toutes les décisions de notation pour l’ensemble de la clientèle de l’agence. A ce stade, la responsabilité passe de la Mission de la notation au Comité de notation. Pratiquement et généralement, ce Comité demande de plus amples informations pour s’assurer et justifier la crédibilité de la décision de notation.
Onzième étape : C’est l’étape la plus cruciale car il s’agit de convaincre le client et l’institution notée de la crédibilité de la note qui lui a été attribuée. Le client qui a demandé la notation risque de prendre une décision, investissement ou désinvestissement, rachat ou fusion, sur la base du rapport de notation. L’agence de notation avise l’entité concernée et met à sa disposition le rapport de notation qui est considéré, à ce stade, toujours officieux et comme pré final.
Douzième étape : Le client peut soit accepter la décision de notation soit la contester. Dans le premier cas, la notation est publiée. En cas de contestation, l’entité concernée doit justifier sa position sur la base d’une analyse quantitative et qualitative. Sur la base de ces nouvelles informations d’âpres négociations ont lieu entre les deux parties.
Treizième étape. C’est l’étape finale. Après accord entre les deux parties, la décision finale de notation est prise et finalement publiée. Généralement, la publication prend deux formes et s’adresse à deux catégories différentes. La première forme est un rapport détaillé adressé à l’entité concernée et à tous les souscripteurs aux services de l’agence de notation. De nos jours, ce rapport est publié sur le site de l’agence de notation auquel ont accès, chacun selon son propre code et le type de souscription, tous les clients de l’agence de notation. Le deuxième rapport est un communiqué de presse adressé à tout le public. C’est l’une des exigences de la transparence.
A l’échelle internationale, la notation est l’une des notes de Moody’s, Standard & Poors ou fitchRatings contenues dans le tableau suivant :
Conclusion : Les agences de notation demeurent un des pions importants de la finance internationale que se soit pour les états souverains, les instituerions financières internationales, les banques internationales, les investisseurs internationaux tels que les Fonds Familiaux et constituent une pièce maitresse dans le radar des gestionnaires de portefeuilles ou portfolio managers.

*Fondateur /Directeur Général, International Business School-IBS Oran, Algérie
Ancien Expert Financier au Fonds Monétaire Arabe, Abou Dhabi, Emirats Arabes Unis
Auteur
Ancien Professeur d’Université des Sciences Economiques : Algérie, Jordanie
