Ce que j’en pense: L’histoire, ce piège qui…

Par Saïd Adel

Et si l’histoire était un piège…
J’ai longtemps écouté ma grand-mère, Dieu ait son âme, me raconter la guerre. Tel un griot, elle commençait avec les prémices d’un Novembre plein d’espoir et de courage et s’arrêtait à l’indépendance du pays avec une prière pour tous ceux qui, dont ses deux garçons, avaient contribué à ce fabuleux résultat. Je la revois encore remuer les événements en retournant de temps à autre, à l’aide d’un tison de bois, les morceaux de charbon de ce « majmar » qui nous servait alors de cheminée et autour duquel nous aimions nous retrouver dans le froid de l’hiver. Elle était réellement dans le détail et n’oubliait rien, ni le temps qu’il faisait trente ans plus tôt, ni les vêtements que portaient les personnes dont elle parlait et encore moins l’expression de leurs visages et surtout pas leurs paroles…Il y a en moi, depuis, une sorte de résonnance, une sorte de calque de ses récits à elle sur mes lectures à moi.

Et si l’histoire était un piège…
Oublions ma grand-mère, Dieu ait son âme, et parlons de Cheikh Anta Diop dont la grand-mère avait susurré à l’oreille que ses ancêtres à lui, le Sénégalais, étaient les pharaons de l’Egypte antique. A coups de linguistique et d’archéologie, il démontra, des années plus tard dans les amphithéâtres de la Sorbonne, que sa grand-mère avait raison. Il était dans le détail et n’oubliait rien , ni la proximité du Walof avec les hiéroglyphes, ni la forme des pyramides d’Egypte qui ressemblaient tant à celles de Nubie…et encore moins la couleur de ces personnages noirs couronnés et affublés de sceptres que la traite des esclaves a effacé de l’histoire comme on efface un mauvais brouillon … Il y a en moi, depuis, un sentiment de colère et d’indignation devant la forfaiture de ces pseudo-savants qui pour servir un mercantilisme vorace ont gommé une mémoire d’un civisme certain.

Et si l’histoire était un piège…
Oublions ma grand-mère et sa guerre, oublions Anta Diop et ses frustrations et ouvrons grands les yeux sur cette mascarade que sont en train de nous jouer les enfants gâtés de la planète. Allons dans le détail et n’oublions rien : toutes les conquêtes faites par les hommes à travers l’histoire, que ce soit au nom de Dieu, des rois du moment où de l’avarice se sont terminées par l’assimilation des conquis avec des degrés de maltraitance variables, condamnables certes mais supportables…Les Indiens d’Amérique du Nord n’ont pas eu cette chance. Vaincus, ils furent massacrés, torturés, scalpés, violés pour enfin être parqués comme des animaux dans des réserves de plus en plus petites et y être affamés au nom d’une suprématie civilisatrice de « droit divin ».
Cheyennes, Philistins, Apaches, Druzes, Iroquois, descendants des Cananéens … furent décimés sans que l’histoire ne s’en offusque…et il y a en moi une fâcheuse habitude à faire des parallèles là où il n’y en a certainement jamais eu.

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