Près de 90 % des sites de production avicole sont « hors-la-loi » : Les raisons de l’envol des prix du poulet

La direction de l’Agriculture de la wilaya d’Oran a lancé des enquêtes sur le terrain afin de comprendre les raisons derrière la hausse des prix sur le marché avicole, a-t-on appris, ce lundi. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale visant à réguler le marché et à répondre aux préoccupations des citoyens, et ce, dans le cadre d’une enquête nationale lancée le 23 novembre dernier et qui touche 50 wilayas.

Les enquêtes ont révélé une forte baisse de la production dans le secteur avicole de la wilaya d’Oran, avec une augmentation significative des prix des poussins, multipliés par trois en peu de temps. Le prix des poussins est ainsi passé de 60 à 220 dinars par tête. Cette flambée des prix a conduit à la fermeture de nombreuses exploitations, affectant plus de 70% des fermes de la région.
Il a également été constaté que le nombre de fermes autorisées à approvisionner le marché est très réduit, se limitant à seulement trois points de vente agréés. Cela a incité de nombreux fournisseurs à faire appel aux productions de la wilaya de Mostaganem et même des régions du Centre et de l’Est du pays pour équilibrer l’offre et compenser le déficit sur le marché local.
Les rapports provenant de l’inspection vétérinaire, suite aux enquêtes réalisées par ses équipes, mettent en lumière des pratiques non conformes : environ 90% des points de production opèrent illégalement, sans licence, entraînant une baisse de la qualité des produits et des effets néfastes sur les prix.
Il faut noter dans ce volet qu’en attendant d’autres initiatives destinées à instaurer une stabilité sur le marché, la levée temporaire de la suspension des importations de volailles et de poussins demeure la seule alternative actuellement envisagée. Cette mesure vise à garantir la stabilité du marché et à assurer un approvisionnement adéquat en produits avicoles pour les consommateurs. Ces actions correctives sont considérées comme essentielles pour améliorer le marché avicole et répondre aux besoins des citoyens en matière de viande blanche et d’œufs.

Filière « incontrôlable »

Le président de l’Association de la protection des Consommateurs de la wilaya d’Oran, Hadj Ali Abdelhakim, a soulevé une problématique majeure concernant l’industrie avicole locale. Selon lui, la filière demeure incontrôlable en raison de l’activité illégale de la grande majorité des éleveurs. Il a pointé du doigt la vente des poussins et de l’alimentation sans facturation, rendant ainsi impossible la régulation des prix.
Dans une déclaration à Algérie Presse (AP), M. Hadj Ali a révélé que près de 95% des éleveurs opèrent dans l’informel, ajoutant que cette situation s’étend même aux médicaments utilisés pour l’engraissement des volailles, ce qui représente un danger pour la santé publique. Il a vivement appelé à l’implication des services compétents de la direction du Commerce dans les enquêtes en cours pour remédier à cette situation alarmante.
Les aviculteurs, de leurs côtés, pensent que l’idéal pour une stabilité du marché serait de maintenir un prix fixe des poussins à 100 dinars l’unité toute l’année, c’est ce qu’a expliqué un professionnel de cette filière, Benouda Belhocine à AP. Cet aviculteur, âgé d’une quarantaine d’années et issu d’une famille de fellahs et d’éleveurs de volailles, fin connaisseur des arcanes du secteur d’aviculture et du marché des viandes blanches, a expliqué que la réorganisation du secteur, pour barrer la route aux spéculateurs et aux intermédiaires, reste indispensable afin de réaliser une stabilité du marché du poulet. Il a indiqué que, selon lui, il est plus que nécessaire d’œuvrer pour réaliser une stabilité des prix du poulet aux alentours de 300 à 350 dinars le kilo, « car l’effet yoyo des prix ne profite ni aux producteurs ni aux consommateurs. Il profite seulement aux spéculateurs qui détiennent toujours le monopole du marché», a-t-il ajouté en précisant que pour parvenir à cet objectif, il est nécessaire d’établir le prix des poussins à 100 dinars par unité. Cela permettra aux producteurs de vendre le poulet aux bouchers à un prix compris entre 220 et 240 dinars le kilo, assurant ainsi une marge bénéficiaire de 80 à 110 dinars pour ces derniers.

Pour un prix fixe du poussin

Notre interlocuteur a exprimé ses regrets quant aux pertes « considérables » subies par les éleveurs en raison de l’instabilité du marché, poussant un nombre significatif d’entre eux à mettre fin à leur activité.
Le constat dressé par le Dr Rabah Bouyousfi, responsable de la santé animalière auprès de l’UNPA, met en lumière un aspect capital affectant le marché avicole au niveau national. Les enquêtes conduites par les subdivisions de la Fédération nationale des aviculteurs ont révélé un taux de mortalité alarmant, atteignant environ 40% dans les élevages familiaux, qui représentent une part significative, soit environ 70%, de la production nationale de poulet de chair, a expliqué le même responsable. Cette mortalité non signalée par les propriétaires d’élevages pose un défi majeur, entrainant une baisse conséquente de l’offre sur le marché. Le Dr Bouyousfi a souligné dans une déclaration à l’APS, que si ces incidents avaient été rapportés, des mesures auraient été prises précocement pour identifier les maladies en cause et les autorités auraient pu importer les vaccins nécessaires pour endiguer cette problématique, soulignant ainsi l’importance d’une meilleure communication pour préserver la santé de l’élevage avicole et assurer la stabilité du marché.
B. Bakhta

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