Ce que j’en pense: Mon ami, mon frère cesse donc
Par Saïd Adel
Mon ami, mon frère, toi pour qui je ne peux rien, cesse donc de te cacher, cesse donc de te plaindre et de montrer tes blessures et de laisser voir les cadavres de tes enfants morts sous les bombes, morts sous les balles de mercenaires surarmés ou …de famine tout simplement. Cesse donc tout cela car le monde sait, car le monde a toujours su.
Cesse donc de te cacher dans les entrailles de cette terre dont on veut t’extirper depuis plus d’un siècle. Fuis ce noir qui à force te fera oublier la lumière du soleil et te transformera peu à peu en fantôme attendant la nuit pour remonter à la surface et glaner une pitance oubliée çà et là par des chiens, des chats et je ne sais qui d’autre. Cesse enfin de te cacher dans tes écoles, tes hôpitaux et tes mosquées en guise d’appel à la clémence, à l’humanisme et même à la pitié…car ceux qui veulent te tuer, t’anéantir, t’exterminer ont il y a longtemps, à la sortie d’un grand drame, décidé que ni les enfants, ni les malades et les blessés et encore moins les prières n’étaient un rempart contre leur volonté de pousser l’horreur un peu plus loin, un peu plus haut, beaucoup plus haut que les désolants constats de Nuremberg.
Mon ami, mon frère, toi pour qui je ne fais rien, cesse donc de me regarder dans cette langue que j’ai oubliée pour en partager une autre plus avantageuse, moins rancunière et surtout moins dangereuse. Cesse donc d’en appeler à une conscience qui n’est plus là et qui s’est depuis longtemps projetée dans l’après, dans l’après-toi afin de récolter les bienfaits d’une paix certes amère, certes honteuse mais combien rentable aux yeux d’un monde qui compte, qui ne sait que compter.
Cesse donc de brandir ce passé que tous savent révolu, ces principes sur lesquels la foi des puissants continue de marcher avec férocité et condescendance, et cet espoir …oui cet espoir que tu es le seul à entretenir comme la flamme d’une bougie au milieu d’un ouragan. Fuis donc ces lueurs fallacieuses et nauséeuses car ceux qui te saignent et te mutilent ont il y a longtemps, au lendemain d’un discours mielleux, formaté ton image au prix du sang en tuant l’un des leurs pour expurger définitivement tes envies d’Oslo ou de toute autre capitale à même d’épouser ton besoin de paix.
Mon ami, mon frère toi pour qui je ne pleurerai plus, toi pour qui je ne me lamenterai plus, cesse donc d’attendre que te soit fait un autre sort et ose parler le seul langage que comprennent ces héros de la victimisation, celui de la mort. Cesse donc d’attendre et habille-toi du désespoir des damnés, celui qui fait peur, celui qui dérange et qui finit toujours par éclabousser la face d’un monde qui ne comprend pas, qui n’a jamais voulu comprendre.
Il me revient à l’esprit le refrain d’une chanson qui commençait ainsi : « mon ami, mon frère, sais-tu comment faire pour nous aimer sur terre… » …alors le monde applaudissait pendant que sur ta terre on torturait…chut.