« Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe »* : La danse libérale destructrice
Par Adnan Hadj Mouri
Les prédateurs coloniaux asservissent les anciennes colonies ; ensuite, ils viennent jouer sur la scène médiatique « l’obscénité démocratique ». La grimace parodique continuera-t-elle à bercer les gens quant à une prétendue liberté ?
Le trouble de l’émerveillement se structure comme un délire, puisque l’emballage sophistiqué exige des réactions émotionnelles, et l’enracinement de cette illusion ressemble à une muraille qui résiste un peu au vent.
L’art du trompe-l’œil aura pour rôle de cimenter la communion colonialiste, qui se braque uniquement sur le plaquage de modèles : « l’axe du bien et l’axe du mal ». Pour dépasser cette logique, il faudrait dynamiter le fatalisme et ne pas verser dans l’ironie féroce, car l’identification à ce système provoque un emballement cardiaque et fait occulter la rapidité d’un savoir-faire tenace sous sa frêle apparence.
L’épaisseur coloniale est une figure pitoyable, car elle impose l’allégeance au maître. Nous pouvions voir alors de brusques esquives autonomes et insaisissables du hirak, même s’il respirait le vent de l’idéalisation ; l’Occident, en l’occurrence la France, impose, par sa politique et son service médiatique, le cadre étroit de la servilité quotidienne.
Ceci dit, ce n’est pas parce que l’image invariable du système monolithique demeure que tout sujet devra tomber dans l’auto-flagellation et la haine de soi, qui impose à son tour le musellement. La liberté possible s’est faite par des pensées humanistes que le capitalisme tente, à son tour, de casser et de dominer par une guillotine idéologique.
Macron, l’Occident et le caprice de liberté. Le divertissement libéral, qui se fourvoie dans le culte de la « voyoucratie », ne cesse de trouver ses aises en nageant dans le sillage de la dictature de l’actionnariat. Cette démarche anémie et déprécie le lien social par la mise en exergue de la logique du calcul, qui prend des allures de suffocation.
L’élection de Macron à la tête de l’État français est l’illustration parfaite de ce modèle de pensée libérale, qui essaie d’embrasser la modernisation des institutions pour gérer au mieux la tyrannie du pouvoir libéral ; affichant l’image d’un « Germinal » ankylosé par le tourbillon de la violence symbolique et le culte du repli sur soi.
De ce fait, l’exclusion et le sectarisme financier vont faire légion, ce qui s’est déjà illustré avec des lois promulguées dans le but de renforcer la précarité des travailleurs. Le mot, qui peut prêter à confusion et à sourire en même temps, c’est l’utilisation perverse de la liberté, qui devient, par la force des choses, un terme dénué de toute rationalité.
Quand on brandit haut et fort l’étendard de la liberté, pourquoi donc essaie-t-on de comprimer l’élan syndical et de faire en sorte que sa voix demeure inaudible ? Le cirque financier trouve-t-il un écho favorable dans la négation du conflit ?
Dans cette configuration, le dialogue social avec les partenaires sociaux devient une exigence factice, empreinte de superficialité, essayant d’asservir l’imaginaire du peuple en passant par l’optique de l’illusion qui trouve refuge dans la pensée conforme.
Pour bien nourrir l’imaginaire leurrant, le recours à la menace du spectre de Marx se fait journellement marteler dans l’espace médiatique, jusqu’à enjoliver une terminologie : le « surmoi marxiste » ; ceci peut démontrer l’indigence intellectuelle et le manque de lecture objective que les instances médiatiques débitent pour abrutir les masses.
« Les pathologies sociales du capitalisme, décrites par Axel Honneth, ne font, jusqu’alors, que renforcer la dimension morbide de l’aliénation du champ social ; elles cherchent la destruction pure et simple de l’imaginaire sociologique par la servitude des rapports de domination, surplombant de façon frontale le facteur énonciatif de la vitalité de la pensée, qui capitule face aux injonctions de la dépréciation de l’analyse rigoureuse.
Cette pensée, qui véhicule la doxa ultralibérale et occidentalo-centriste, tente d’imposer les choix « uni-optionnels », qui sacralisent l’« économie de marché » et la présentent comme indépassable. Dans cette optique, tous les moyens, notamment médiatiques, sont mobilisés pour véhiculer et inculquer cet « impuissancialisme », légitimant au mieux la moralisation du capitalisme ou, au pire, sa « purification » des interférences étatiques.
Comme le disait le sociologue Pierre Bourdieu : « La télévision fait courir un danger très grand aux différentes sphères de la production culturelle, art, littérature (…), un danger non moins grand à la vie politique et à la démocratie. » Ce culte de la financiarisation, devenu un horizon indépassable, ne fera qu’accentuer le malaise entre une « socialité désarticulante » doublée d’une « individualité désocialisante ».
Devant la vacuité des sens, les discussions libérales s’harmonisent en passant au crible la dictature du prolétariat, passée de vie à trépas depuis de nombreuses années ; ce qui démontre que la pensée marxiste n’a pas pu résister à la tyrannie et ne cherche pas à se fourvoyer dans son ultime contradiction, comme l’est le capitalisme actuellement.
L’engouement de beaucoup d’« Algériens » pour Macron explique que nous nous trouvons dans une posture qui fait valoir la soft barbarie.
Enfin, pour embrasser l’élan de l’utopie réaliste en cogitant l’inespéré, osons la discussion sur « déconommie », en disant « stop à l’ânerie financière».
*Citation de Edgar Morin
