Ce que j’en pense : Sommes-nous déjà morts ?
Par H. Yousria
Sommes-nous déjà morts ?
Parce que c’est la seule explication que j’ai pour notre silence ou notre apathie -je ne sais pas laquelle est la plus correcte !- J’étais fière de ma profession médicale, j’étais humble devant le serment que j’ai prêté, j’admirais mes pairs. Je pensais que la communauté médicale était une, que mes collègues étaient mes frères et sœurs, que notre solidarité allait au-delà des frontières, des langues et des différences. Je pensais beaucoup de choses, que les hôpitaux étaient des sanctuaires, des lieux sûrs, que nous pouvions compter les uns sur les autres. Plus maintenant.
Maintenant, je pense que nous sommes morts, parce que c’est la seule explication. Des professionnels de soins torturés, kidnappés, assassinés. Parmi eux, deux grands chirurgiens : Dr. Iyad Rantisi et Dr. Adnan Albursh qui avaient refusé de quitter leurs patients tués sous la torture dans les goulags d’Israël…
Massacre après massacre détruisant chaque hôpital, chaque établissement de santé. Plus de 500 professionnels de santé ont été tués, 160 sont encore détenus, 36 hôpitaux ont été attaqués et Ghaza n’a plus aucun hôpital fonctionnel au milieu de bombardements et de massacres quotidiens.
Et où sommes-nous ? Où diable sommes-nous ? Où diable sont nos voix ? Comment ne sommes-nous pas furieux contre la destruction de nos sanctuaires, nos lieux sûrs, nos lieux de bonheur ? Sommes-nous morts ? Et si nous sommes encore en vie, sommes-nous devenus sourds ? Peut-être aveugles ? Parce que c’est la seule explication.
Les serments ne signifient plus rien, la noblesse de la profession n’est qu’un mot vide de sens. Pour le reste du monde, cette profession est comme toute autre -corrompue et cooptée par le capitalisme-. Le reste du monde est mort, sauf dans ce minuscule territoire appelé Ghaza où ces mots -serment, noblesse, solidarité, sauver des vies, sacrifice- ont encore tout leur sens, où les professionnels de la santé sont encore des héros véritables. Ils risquent leur vie chaque jour pour sauver les autres, malgré les bombes, les balles et la mort qui rôde. Ils soignent les blessés sous le feu et continuent à incarner les idéaux de notre profession en faisant le sacrifice ultime. Et si, quelque part dans le monde, cette profession existe encore, c’est bien à Ghaza.
Nous, les autres, devons-nous nous réveiller, retrouver notre voix, et soutenir nos collègues qui luttent pour la vie, l’humanité et l’espoir. Et si nous ne le pouvons pas, si nous ne pouvons pas nous lever, être à la hauteur de la situation, si nous ne pouvons pas nous révolter contre le génocide -celui de nos confrères et consœurs- alors nous devrions nous appeler autrement, nous cacher sous un pont ou disparaitre à jamais.