Réforme du secteur minier : Vers une exploitation plus durable et industrialisée

Le secteur minier en Algérie s’apprête à connaître une transformation majeure avec l’adoption d’une nouvelle loi minière, visant à rationaliser l’exploitation des ressources et à encourager l’industrialisation locale. Pour le Pr. Issaad Mouloud, spécialiste en géologie à l’université Houari Boumediene, il est impératif de sortir du modèle d’exportation des matières premières à l’état brut et d’investir davantage dans la transformation locale.
Invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, le Pr. Issaad a salué l’adoption de cette loi, annoncée dimanche en Conseil des ministres, en soulignant qu’elle permettra de réorganiser le secteur et d’accélérer plusieurs projets miniers structurants. Il a mis en avant l’importance de ce troisième remaniement du cadre législatif – après ceux de 2001 et 2014 – qui s’articule autour de trois axes principaux dont la refonte institutionnelle visant à clarifier le rôle des agences de régulation et d’exploration minière ; l’amélioration de l’attractivité du secteur pour les investissements nationaux et étrangers, en définissant la place des acteurs publics et privés et le renforcement des incitations financières et des procédures administratives simplifiées pour faciliter l’investissement.
Le professeur a également salué la décision du Président Tebboune d’interdire l’exploitation des terres rares afin de préserver ces ressources stratégiques pour les générations futures, une mesure qui reflète, selon lui, une approche prudente face à des minerais encore peu maîtrisés scientifiquement.
Par ailleurs, et selon l’intervenant, le secteur minier est capitalistique et à haut risque, ce qui exige une réflexion approfondie sur les incitations fiscales et douanières pour attirer des investisseurs.
Il insiste également sur l’importance de la recherche scientifique et de la formation, soulignant que le manque d’expérience pratique des étudiants est l’un des maillons faibles de la filière minière. Pour y remédier, il propose d’intégrer davantage les étudiants aux explorations sur le terrain afin de combler ce déficit.
Le professeur rappelle que les normes environnementales évoluent rapidement dans le monde, et que la nouvelle loi devra intégrer une gestion écologique des projets miniers.
« Aujourd’hui, l’exploitation minière ne se limite plus à extraire des ressources, mais elle inclut dès le départ des mesures de protection environnementale », explique-t-il. « Nous devons adopter une approche intégrée, comme au Chili, au Canada ou en Australie, où l’environnement est un élément central de la politique minière ».
Il plaide pour un investissement accru dans les technologies de traitement des déchets miniers, encore coûteuses, mais essentielles pour réduire l’impact écologique de l’extraction et du raffinage.
Dans un secteur où les décisions stratégiques doivent être rapides et précises, les nouvelles technologies jouent un rôle clé. « L’imagerie satellitaire, les systèmes d’information géographique et l’intelligence artificielle sont des outils incontournables pour cartographier les ressources, analyser les données et optimiser l’exploitation », affirme Pr. Issaad.
Pour conclure, il insiste sur la nécessité de délaisser le modèle d’exportation brute des minerais, notamment des substances stratégiques comme le lithium, afin de favoriser la transformation locale et maximiser la valeur ajoutée pour l’économie nationale.

Ch.G

Bouton retour en haut de la page