Elle a déclenché une polémique nationale : Magie noire dans les cimetières

Depuis le début du mois en cours, des campagnes de nettoyage ont été menées dans plusieurs cimetières à travers l’Algérie. Ce qui devait être une simple opération d’entretien s’est transformée en un déclencheur de polémique nationale.
Les bénévoles, mobilisés pour remettre de l’ordre dans les lieux de repos des morts, ont découvert de nombreux objets liés à la sorcellerie : talismans, morceaux de tissus noués, papiers manuscrits contenant des formules étranges, voire, selon certains témoignages, des restes humains ou des fragments de linceuls. Ces découvertes ont semé l’émoi parmi l’opinion nationale, alimentant la crainte d’une recrudescence des pratiques occultes dans les lieux de sépulture.
Ces éléments ont donné lieu à une série de réactions, dont certaines ont pris une tournure inattendue. Plusieurs voix, issues aussi bien de la société civile que de certains cercles religieux, ont suggéré de restreindre l’accès aux cimetières, voire de l’interdire aux femmes. L’argument avancé par les partisans de cette mesure est double : d’abord, la volonté de protéger la sacralité des lieux, ensuite, l’idée que les femmes seraient majoritairement impliquées dans les actes de sorcellerie, que ce soit en tant qu’auteures ou victimes.
Ces affirmations s’appuient sur des témoignages de spécialistes en roqya, ces présumés exorcistes qui interviennent pour « soigner » les personnes envoutées. Selon eux, les femmes consulteraient plus fréquemment les charlatans et seraient à l’origine d’une majorité des demandes de rituels occultes, souvent motivées par des raisons sentimentales, comme la peur de perdre un conjoint ou des tensions familiales. Ce point de vue, relayé par certains imams, est cependant loin de faire l’unanimité.
De nombreuses réactions ont fusé sur les réseaux sociaux et dans les médias, dénonçant une stigmatisation injuste. Pour les opposants à cette idée, rien ne justifie une interdiction genrée, d’autant que les hommes eux aussi sont impliqués dans ces pratiques, que ce soit comme clients ou comme sorciers.

Pour ou contre ?

Certains internautes rappellent que la majorité des charlatans connus sont de sexe masculin, et que la solution ne réside pas dans une exclusion des femmes, mais dans une régulation plus stricte de l’accès aux cimetières, la mise en place de caméras de surveillance, et l’application rigoureuse de la loi contre les pratiques de magie noire.
Sur le plan religieux, la question est loin d’être tranchée. Si certains textes rapportent que l’Islam maudit les femmes qui visitent fréquemment les tombes, ils font néanmoins l’objet d’interprétations diverses. De nombreux savants expliquent qu’ils visent les comportements excessifs — notamment les pleurs bruyants et démonstratifs — courants à l’époque, et non la simple visite des sépultures. D’autres hadiths viennent autoriser, voire recommander, la visite des tombes, y compris par les femmes, à condition que cela se fasse dans le recueillement et le respect. Le cas de Aïcha, épouse du Prophète, qui a visité la tombe de son frère sans être réprimandée, est souvent cité comme référence dans ce débat.
Un débat qui s’inscrit dans un contexte plus large où les tensions entre croyances populaires, traditions religieuses et principes d’égalité des sexes se croisent. L’Algérie, comme d’autres sociétés musulmanes, est confrontée à la persistance de pratiques occultes, qui coexistent avec un discours religieux officiel condamnant fermement la sorcellerie et le charlatanisme. Mais la réponse des autorités reste encore timide. Aucune mesure concrète n’a été annoncée pour encadrer les accès aux cimetières, ni pour sanctionner plus sévèrement les actes de magie noire.
En attendant une position claire de l’État, la polémique continue d’enfler. Les partisans d’une interdiction ciblée mettent en avant la nécessité de protéger les lieux saints. Leurs opposants dénoncent une mesure discriminatoire, inefficace et potentiellement anticonstitutionnelle. Le débat révèle ainsi un clivage profond sur la manière d’articuler tradition religieuse, droit des femmes et sécurité spirituelle dans l’espace public.
O.A Nadir

Bouton retour en haut de la page